Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

2018

avec 500 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

500 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

 

sont

programmées

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

 

Les permanences de l'association

 

qui ont lieu de 19hoo à 20hoo   en la salle Conrath de la Maison des oeuvres et sont ouvertes à tous

 

 

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Les réunions

 du   comité

 

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

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Association

Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

1 place de

l'Hôtel de Ville

67150  ERSTEIN 
 

 

Téléphone :

03 88 98 64 99

 ou 

06 86 56 40 68

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort  et  après .....

 

 

Avant la mort

 

Dès le jeune âge, on prend contact avec la mort

Aux yeux des historiens, la grande caractéristique du XIXe siècle et surtout de notre époque, en Occident, est la baisse brutale de la mortalité. Deux causes sont à l'origine de cette transformation:

d'une part les progrès de la médecine, d'autre part les progrès de l'agriculture.

 

Alors qu'autrefois l'humanité occidentale luttait pour sa survie, aujourd'hui, grâce à la médecine, elle permet à des personnes de plus en plus âgées de vivre dans de bonnes conditions. Alors que dans le passé les populations étaient à la merci de maladies comme la peste, la variole, la tuberculose, la diphtérie, de nos jours ces fléaux appartiennent presque aux magasins d'accessoires que les antiquaires exhibent pour montrer la dureté des temps passés. Si, autrefois, les gens vivaient

dans la crainte d'une disette, aujourd'hui les paysans redoutent plutôt une surproduction de

produits agricoles qui, en faisant tomber les cours, diminuerait leurs revenus.

 

Ces victoires répétées, qui ont fait baisser le taux de mortalité, ont permis la diffusion, dans toutes

les couches de la population, du mythe de l'homme arrivant à vaincre définitivement la mort.

Le thème de l'immortalité resurgit ici d'une manière très matérialiste. Ce mythe se trouve

explicitement dans cette pratique américaine, encore assez rare en Europe, qui consiste à

conserver les cadavres dans l'espoir que, dans quelques décennies, on pourra les rappeler

à la vie.

 

En étudiant les us et coutumes du milieu rural alsacien des dernières décennies, on peut dire qu'en ce qui concerne le problème de la mort, on se trouve en présence d'une époque charnière.

 

Malgré les progrès de la médecine et des techniques agricoles, la mort occupe encore une grande

place dans l'esprit des gens. Cela tient, peut-être, au fait que la Nature, très proche des agriculteurs,

se charge de leur rappeler que tout cycle vital passe par les étapes suivantes : naissance,

croissance, mûrissement, vieillesse et mort. Autrefois les enfants, dès l'âge scolaire, étaient mis

en contact avec la mort. Dans beaucoup de familles on estimait que s'ils allaient à l'école, ils

pouvaient aussi apprendre à connaître la mort. Ainsi, on les introduisait quelques instants dans la chambre du grand-père ou de la grand-mère mourante pour qu'ils disent un dernier adieu à l'aïeul. D'autre part, jusqu'en 1939, il était coutume que les enfants des écoles primaires participent aux cérémonies funéraires. Sous la direction de l'instituteur, ils chantaient devant la maison du défunt

et au cimetière. On grandissait donc en ayant constamment à l'esprit que toute vie a une fin.

 

Cette présence quotidienne de la mort se trouve aussi dans beaucoup de textes inscrits sur les

maisons ou accrochés à l'intérieur de l'habitation. Les auteurs de ces inscriptions rappellent que l'homme, pour obtenir la félicité éternelle, doit avoir une conduite chrétienne dans la vie de tous

les jours, ils exhortent les lecteurs à se préparer à mourir à chaque instant et enfin ils demandent

à Dieu une fin heureuse.

 

Les Églises préparent l'homme à la mort

 

Ainsi, l'homme ne doit pas se laisser surprendre par la mort, mais il doit être prêt à chaque

instant à terminer son pèlerinage terrestre, ce qui n'est pas toujours facile. C'est pourquoi les

Églises ont tenu et tiennent encore à préparer les hommes à cette fin.

 

 

Pour un catholique, il n'y a rien de plus grave que de mourir sans avoir pu confesser ses péchés et obtenir les Saints Sacrements de son Église. Voici la prière que les habitants de la vallée de la Doller adressent depuis des générations à la Vierge Marie pour qu'elle les assiste dans leur dernière heure.

 

On invoque aussi des saints et des saintes. Saint Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Sébastien et sainte Barbara ont particulièrement les faveurs des catholiques alsaciens. Souvent les prières ont pour destinataire l'archange saint Michel. Celui-ci passe pour le patron des cimetières et des mourants. Sa puissance lui permet de combattre le diable et d'arracher un maximum d'âmes à

la dam­nation éternelle. Du côté protestant, on préfère s'adresser directement à Dieu en lui

demandant d'agir par l'intermédiaire de son Saint-Esprit.

 

Les signes annonciateurs de la mort

 

Même si la mort est une réalité certaine qui atteindra chaque homme, généralement les

individus ignorent le moment de leur mort.

« Gewiss ist der Tod. / Ungewiss der Tag. / Die Stunde auch niemand wissen mag. »

(Certaine est la mort. Incertain le jour. L'heure aussi, personne ne la connaît).

 

Cette certitude du fait et cette incertitude du moment suscitent l'angoisse et le désir de lever le

voile qui entoure l'avenir. Ceci explique la recherche et l'interprétation de signes annonciateurs

de la mort. Les Alsaciens pensent que le monde invisible des esprits enverrait des signes aux

vivants qui devront bientôt quitter cette terre afin qu'ils se préparent bien à ce départ.

 

La vieillesse est un de ces signes. Ainsi on dit d'un homme âgé :

« Für diesen hat es auch schon das erste Zeichen geleutet. » (Petersbach)

(Pour celui-là le premier signe a déjà sonné).

 

La maladie est un autre de ces signes. Car même si aucune maladie n'est mortelle, sauf la dernière, généralement on ne sait pas quand on est en présence de la dernière maladie. Cependant, de toute maladie, l'Alsacien dira :

« D' Dod muess e Anfang hen. »

(La mort doit avoir un début).

 

À Oberbruck, au début du siècle, on examinait les jambes et les pieds du malade. Des taches

bleues annonçaient une issue fatale. À Kaltenhouse, on prenait une couenne de lard et on la

frottait sur la plante des pieds du malade. On la jetait ensuite à un chien. S'il la mangeait il y

avait de l'espoir, s'il la refusait, au contraire, une fin prochaine devenait inévitable. On pouvait

faire un test semblable en frottant du pain sur le front du malade. Si dans la maison voisine

d'un malade la cendre devenait bulbeuse, on pensait qu'il n'y avait plus d'espoir (Friesen).

 

Certains faits sont considérés comme des signes, au point d'avoir donné naissance aux expressions ironiques suivantes. À celui qui perd une habitude, on prophétise une mort prochaine :

«Jetzt labsch nime lang. » (Sundgau)

(Maintenant tu ne vivras plus longtemps).

 

À Colmar, on dit à une personne qui devient soudain généreuse :

« Ich hoff du willsch doch nit starwe. »

(J'espère que tu ne veux pas mourir).

 

Si un mort n'a pas les yeux fermés, si sa dépouille est encore tiède lors de la mise en bière, on croit qu'il appellera bientôt un membre de sa famille pour

le suivre. À Niederstinzel et à Volksberg, par peur d'un deuxième décès dans la famille, on évitait d'enterrer le défunt un vendredi. À Friesen, on déconseillait de déménager le même jour qu'on

enterrait quelqu'un de la famille. Une nouvelle mort était alors à redouter. En d'autres termes,

on pensait que c'était une vengeance du mort à qui on n'avait pas rendu tous les honneurs lors

de l'enterrement. En effet, le déménagement signifie souvent le début du partage des biens du

défunt. En Alsace Bossue, on pensait que si la croix que l'on portait devant le cortège funèbre

était placée un vendredi devant la maison d'un mort, il fallait s'attendre à un deuxième décès

dans cette famille. On disait alors que l'ange de la mort avait marqué cette demeure.

 

Souvent, les signes ne s'adressent pas à une personne, mais à l'ensemble de la communauté villageoise. À elle de trouver le destinataire particulier du signe. Si le dimanche matin, l'horloge sonnait en même temps que les cloches appelaient les fidèles à l'office religieux, cela annonçait une mort prochaine dans le village (Olwisheim). Même interprétation si l'horloge sonnait pendant le « Notre-Père » ou pendant la consécration (Sundgau). Il fallait éviter de laisser ouvertes les portes de l'église un vendredi et un samedi, sinon on était assuré d'avoir un mort dans les six semaines à venir.

 

Dans les milieux catholiques, encore aujourd'hui, on examine, lors de la consécration, les bougies

qui brûlent de part et d'autre de l'autel. Une bougie s'éteignant du côté des hommes annonce la

mort d'une personne de sexe masculin dans les six semaines. Même oracle pour une femme si la

bougie se trouve du côté des femmes (Dollern). À Fislis, c'étaient les hurlements des chiens lors

de la consécration qui signifiaient une mort prochaine.

 

Tous ces messages de l'au-delà au moment de la consécration, s'expliquent par le fait que, dans

la mentalité populaire, cet acte liturgique passe pour une rencontre entre notre monde et le

monde surnaturel. L'eau et le vin changés en sang du Christ, l'hostie changée en chair du Christ

ne peuvent être l' oeuvre que du monde surnaturel. Il est donc normal que, lors de cette rencontre

entre deux mondes, il y ait échange de messages.

 

 

La mort

 

Quand la pendule de la vie marque la dernière heure

 

Cette prière trouvée au Neuhof montre bien que personne n'est pressé de mourir.

«Herr, wie de witt, awer es pressiert nitt. »

(Seigneur, comme tu veux, mais cela ne presse pas).

 

Mourir n'est donc pas facile.

« Starwe isch au ne Kunscht. » (Colmar)

(Mourir est aussi un art).

 

D'une personne dont on pense qu'elle est proche de sa dernière heure, on dit :

« D'r lauft of de ledschde Schlappe. »

(Il utilise ses dernières pantoufles).

« Er geht uf de ledschde Fiess. »

(Il fait ses derniers pas).

« Er blost üs em letschde Loch. » (Il souffle par le dernier trou).

« Er richt noch Tanneholz. » (Il sent le bois de sapin).

« Er blost bald d' St. Gallemarch. » (Strasbourg) (Il jouera bientôt la marche de saint Gall, allusion au cimetière Saint-Gall qui se trouve à Strasbourg­-Koenigshoffen).

« Es isch Matthei am Ledschde mit ihm. » (Avec lui on est au dernier chapitre de l'Evangile

selon Matthieu).

 

L'expression « Es isch Matthei am Ledschde » est souvent utilisée pour parler des fins de mois

difficiles.

« Er geht nägschtens au schiewes. » (Lui aussi prendra bientôt le tournant).

« Er krazt au nägschtens ab. » (Lui aussi disparaîtra bientôt).

« Er steckt in bese Hosse. » (Il est dans de mauvaises culottes).

« Es geht mit ihm d'Matt na. » (Il descend le pré).

« Es geht mit ihm d'Beri na. ». (Il descend la montagne).

« Er isch witt drüsse. » (Il est très loin).

« Er isch am kapût gehn » ou « Er isch am krepiere. » (Il est sur le point de crever).

« Fer dem sin Läwe giw ich ken Sil mehr!» (Pour sa vie je ne donnerai plus un sou).

« Sin Läwe hängt numme noch am e Fade. » (Sa vie ne tient plus qu'à un fil).

« Er risst schen d'Fäde üs de Deck. » (Il tire déjà les fils de la couverture).

« Er hert schon d'Engele litte. » (Il entend déjà les angelots sonner).

 

En d'autres termes, le ciel est ouvert pour l'intéressé.

« Sie hen ihm d'elf Uhr Supp gekocht. » (Ils lui ont préparé la soupe de onze heures).

« Dem näje sie am Dodehemd. » (Ils sont en train de lui coudre son suaire).

 

Les deux dernières expressions font apparaître que parfois les familles sont un peu pressées de voir partir un de leurs membres. Cela est surtout vrai quand il y a un bel héritage à la clé. L'expression suivante l'exprime avec beaucoup plus de brutalité:

« G'storwe oder net, Morje isch d'Licht. » (Mort ou pas, demain il y a l'enterrement).

 

Les familles sont heureuses quand le curé ou le pasteur peut être présent lors de l'agonie d'un, malade. Par ses prières et ses exhortations il peut faciliter au mourant le passage de ce monde vers le monde meilleur. Dans les milieux catholiques, quand on pense qu'il n'y a plus d'espoir, le prêtre administre le Saint-Viatique et l'Extrême Onction.

« Er isch geelt un gewext, jetzt kann er gehn. »

(Il est huilé et ciré, il peut donc partir).

L'expression «geelt un gewext » fait allusion aux planchers en bois qu'on huilait et qu'on cirait autrefois.

 

Du côté catholique comme du côté protestant on n'aime pas

mourir sans avoir reçu l'Eucharistie, qui est presque comme le symbole de la rémission des péchés

et comme un passeport pour l'éternité. On évite aussi de faire communier des malades dont on

garde l'espoir de pouvoir les sauver encore une fois. En effet, on croit qu'après réception de

l'Eucharistie le malade n'a plus aucune chance de survie. Dans ces cas, la Sainte-Cène est

comprise comme le dénouement des dernières attaches qui retiennent le malade avant le grand

départ.

«Er kann jetzt sterwe, er het sin Sach. » (Il peut maintenant mourir, il a son affaire).

 

Dans la mentalité populaire, très rarement la mort est comprise comme le grand vide. On pense plutôt qu'elle est un passage difficile et pénible vers une nouvelle vie. Certaines expressions et cer­tains rites entourant la mort sont à rapprocher avec ceux pratiqués lors de la naissance. Ainsi, la mort est confusément comprise comme une naissance à une nouvelle vie.

 

En Alsace, on croit que lors de la dernière heure ou dans les heures qui suivent le décès, le moribond se présente devant sa famille (« erzeigen ») et ceux de ses amis qui n'ont pas pu assister à ses derniers instants.

« Er isch g'storwe, er het sich noch einmol erzeigt. »

(Il est mort, il s'est encore une fois présenté).

 

La nuit passe pour plus propice à ces apparitions que le jour.

« De Geischt kann sich lichter in de Dunkelheit erzeige. »

(L'esprit peut mieux se présenter dans l'obscurité).

 

Les esprits des défunts peuvent aussi apparaître en frappant des coups contre Ies volets et contre

les murs des maisons (Roppentzwiller, Wolschwiller), en faisant entendre des bruits d'ailes dans

toute la maison (La Petite Pierre), en brisant des fonds de verre ou en agissant sur les portes

des maisons (Ittenheim), enfin en arrêtant l'horloge de la maison (Wolschwiller).

 

Dans un article paru en 1935 dans le « Odilienkalender », le curé Joseph Herber raconte les

derniers moments de son grand-père. Alors que toute la famille était rassemblée autour du lit,

l'aïeul rouvrit les yeux et dit clairement :

«Qu'elle est grande cette mer ! J'ai été chez Caroline. Elle est bien installée. je suis content

d'elle. Je lui ai dit adieu. »

On communiqua la nouvelle à Caroline, la soeur du défunt. Celle-ci habitait en Amérique, dans

l'État de New York. Au même moment Caroline envoyait une lettre en Alsace pour demander des nouvelles de son frère, car elle s'était réveillée la nuit et avait vu une apparition de son frère. On

constata ensuite que l'heure de la vision correspondait à l'heure du décès. Les nombreux

témoignages recueillis émanent tous de personnes dignes de foi. On peut donc penser qu'on

est en présence d'une faculté humaine non encore expliquée.

 

Certaines gens croient aussi que des mourants, tout en étant encore en vie, voient déjà le ciel qui leur est ouvert. À Wittelsheim, on racontait que si un enfant souriait sur son lit de mort, c'était parce

qu'il voyait déjà les anges dans le ciel. Ceci est à rapprocher de certains passages bibliques

comme le récit de la fin d'Étienne le Martyr (Actes des Apôtres, chapitre 8, verset 56).

 

Lorsque la mort a fait son oeuvre, ceux qui sont autour du lit récitent des prières. Dans les

milieux catholiques, il y a quelques décennies, on récitait cinq Notre-Père, cinq Ave-Maria et un

Credo. Ces prières étaient destinées à faciliter le repos de l'âme. Ce nombre de prières se

retrouve aussi sur certaines croix situées sur les bords des routes et qui promettent des jours d'indulgence.

 

On prévient l'entourage du défunt

 

Tout de suite après la mort, quelqu'un ferme les yeux du défunt et lui noue une serviette autour de la tête afin qu'il garde sa bouche fermée. On redoute en effet une bouche et des yeux restés ouverts. D'après les traditions, cela annoncerait une nouvelle mort dans un avenir rapproché.

 

Il y a quelques décennies, la personne la plus proche du défunt ou de la défunte était chargée d'annoncer la mauvaise nouvelle aux animaux et aux plantes de la ferme. Ainsi, en 1908, dans un village du Ried, le berger Michel, après la mort de sa femme, prit une lanterne et alla dans les écuries et les étables pour annoncer aux animaux que la maîtresse de la maison était morte.

Il pré­vint aussi les abeilles en frappant à chaque ruche et en disant :

« D'Madam isch tot ! » (Madame est morte).

Il se rendit ensuite dans le verger pour secouer chaque arbre et pour l'informer du décès.

 

On croyait qu'en ne respectant pas ces rites, les animaux et les plantes risquaient de mourir de

chagrin. On voulait en quelque sorte dénouer les liens de propriété qui les unissaient au défunt

ou à la défunte. Ne pas briser ces liens exposait ces animaux et ces plantes à être entraînés

dans la mort. Pendant qu'on prévenait le monde animal et végétal, une autre personne se rendait

chez le sacris­tain pour que celui-ci sonne le glas.

 

Dans les milieux catholiques, lorsque le glas funèbre, avec son tintement lugubre, annonçait le trépas d'un des leurs, tous les habitants du village se rendaient dans la maison mortuaire pour donner de l'eau bénite au défunt et pour apaiser ses mânes.

Il y a différentes manières de sonner le glas, appelé en alsacien « Scheidzeichen », ou «Letsläuten ». Elles indiquent le sexe, l'âge et la confession du trépassé. Suivant l'heure de la sonnerie, on peut même discerner le moment de l'enterrement. La grande cloche sonnant d'abord, suivie après une minute des autres cloches, signifie le décès d'un homme ou d'un jeune homme. Si le tintement funèbre commence avec la deuxième cloche, il s'agit de la mort d'une femme ou d'une jeune fille.

 

Dans certains villages, on avait et on a encore l'habitude que des membres de la famille du mort

aillent de ferme en ferme pour annoncer la nouvelle et pour inviter à l'enterrement, À cette occasion,

on boit dans chaque maison un verre de schnaps (c'est en quelque sorte une drogue) et on évoque

avec chaque famille des souvenirs communs concernant le défunt. Les villageois seraient fâchés

si on ne leur faisait pas l'honneur de les inviter à l'enterrement. Cette coutume est, en bien des

points, semblable à la tournée d'invitation qu'on effectuait avant un mariage.

 

Encore aujourd'hui, quand on annonce à des voisins ou à des amis la triste nouvelle, on évite de prononcer le mot de mort, comme si l'évocation du mot comportait déjà des dangers. L'Alsacien

connaît des dizaines d'expressions, plus ou moins pittoresques, qui signifient qu'une personne

a terminé sa vie; mais toutes ces expressions évitent de nommer la mort.

 

« Er het de Leffel weggelejt » ou « weggeworfe». (Il a posé ou jeté sa cuillère).

« Er het s'Schnüfe vergesse. » (Il a oublié de respirer).

« Er hert nimm Mittalitte. » (Il n'entend plus sonner midi).

« Er het sin Geburtsschin nabgschlugt. » (Il a avalé son certificat de naissance).

« Er het sin Bindel gschniert. » (Il a fait son baluchon).

« Er het sin Tannemändele angezeuhe. » (Il a mis son manteau de sapin).

«Er isch ins Loch gefalle. » (Il est tombé dans le trou).

« Er het ins Gras gebiesse. » (Il a mordu dans l'herbe).

« Er het sich den Hals gebroche. » (Il s'est cassé le cou).

« Er het dran glawe min. » (Il a dû y pas­ser).

« Er isch heniewer. » (Il est passé de l'autre côté).

« Er isch ad patres gange. » (Il est allé rejoindre ses pères).

 

Cette manière de philosopher, à travers la sagesse populaire, est une tentative de clarifier et de comprendre ce qui apparaît dans une totale opacité. En donnant l'impression de comprendre, à travers les maximes populaires, cet événement intolérable qu'est la mort, on atténue l'angoisse qui saisit chaque individu placé devant l'inexplicable. Voici quelques-unes de ces expressions:

 

« Wann de Vater sterbt, isch es Brot ewag ; / Wann d'Muetter sterbt, isch es Heim ewag. »

(Quand le père meurt, il n'y a plus de pain; quand la mère meurt, il n'y a plus de foyer).

«Alles isch ze erstze ass e Menschelawe net. » (Colmar).

(Tout peut être remplacé sauf une vie humaine).

« D'alti Litt muen sterwe, d'jungi kenne sterwe. »

(Les vieux doivent mourir, les jeunes peuvent mourir).

« Erscht wenn d'r Baum gefalle isch, seht m'r wie hoch er isch. »

(Ce n'est qu'une fois l'arbre tombé qu'on peut voir sa hauteur).

 

Certaines expressions se veulent consolantes :

« Er hets iwwerstande, mir han's noch vor. » (Il a passé le cap, nous pas encore).

« Es kenne net Alli do bliewe fer's Muschter. » (Tous ne peuvent pas rester comme modèles).

« E guet Lewe nemmt e guet End. » (Une bonne vie conduit à une bonne mort).

« So geht die Zitt zur Ewigkeit. » (Ainsi le temps conduit à l'éternité).

 

On remarque aussi que riches et pauvres sont enfin égaux devant la mort :

« Vor em Dod sind alli Litt glich. » (Devant la mort tous sont égaux).

« Er geht so wie er kumme isch. » (Il part comme il est venu).

«An sin ledschde Kleid het er ken Tasche. » (Son dernier vêtement n'a pas de poche).

« Es Dodehemd het ken Säckel. » (Alsace Bossue). (Le suaire n'a pas de poche).

« Es isch noch nie e Coffre-Fort noch me Corbillard gefahre. » (Neuhof).

(On n'a jamais vu de coffre-fort derrière un corbillard).

 

Les rites qu'il faut respecter après la mort

 

Après que la mort a frappé dans la famille, il fallait et il faut encore accomplir certains rites destinés, d'une part à permettre à l'âme du défunt de s'envoler et, d'autre part, à éviter que la mort ne se propage dans la maison.

 

Le rite le plus courant et qui est encore pratiqué de nos jours, consiste à ouvrir les fenêtres et les volets de la chambre du mort pour permettre à

l'âme de partir. Au XIXe siècle, à Erstein, une mère, après la mort de sa

fille, prit une clochette bénite et fit trois fois le tour du lit en l'actionnant. Elle voulait par là éloigner les mauvais esprits et permettre à l'âme de sa fille de s'envoler. Autrefois, à Ensisheim, on jetait tout le lait et toute l'eau qu'on

avait dans la maison. En effet, on pensait que l'âme passait par l'eau et le

lait avant de partir. En jetant ces deux substances, on facilitait le départ de l'âme. Déjà le pasteur J.-F. Oberlin du Ban-de-la-Roche rapportait que, dans sa commune,

les gens jetaient l'eau car ils pensaient que l'âme s'y était baignée. Dans la vallée de Munster,

au moment de l'agonie, on remplissait d'eau fraîche la cruche traditionnellement posée sur le

rebord de la fenêtre. On croyait que l'âme se baignait d'abord dans la cruche d'eau et s'envolait

ensuite par la fenêtre.

 

On recouvrait et on recouvre encore les miroirs de crêpe noire. À Butten, c'était avec un voile de lin, tissé à la main, et réservé à cet effet. Certaines personnes veulent aussi voir dans ce rite un moyen de ne pas briser l'atmosphère de deuil régnant dans la chambre. En effet, les femmes venues veiller le mort pourraient être distraites en se contemplant dans le miroir.

 

Dans le but d'apaiser l'âme du défunt, on arrêtait l'horloge à l'heure de la mort (Alsace Bossue, vallée de la Bruche). Si on ne respecte pas ces rites, les gens craignent que la maison ne devienne hantée. On lave aussi le corps avec du vinaigre ou avec de l'eau additionnée d'alcool. On croit que cette mesure d'hygiène procurera au corps le repos dans la tombe et purifiera l'âme qui quitte l'enveloppe mortelle pour se rendre au ciel.

 

 

La période entre la mort et l'enterrement

 

 

On prépare le mort pour sa dernière demeure

 

Généralement, c'était et c'est encore une vieille femme du village (« Totenanlegerin ») qui assure la toilette du mort. Celui-ci, pour que le corps se raidisse bien, est posé soit sur une table, soit sur une porte enlevée de ses gonds et recouverte de draps en lin. Autour du corps, on dispose souvent des sacs remplis de paille ou de sciure de bois.

 

On met au défunt ses plus beaux vêtements comme pour une fête. Un jeune enfant reçoit des vêtements blancs; on veut signifier par là qu'il est pur et qu'il deviendra sûrement un ange. Les vêtements blancs pour une jeune fille doivent rappeler sa virginité. Aux adolescents et adolescentes qui ont fait leur confirmation,

on met les habits qu'ils ont portés lors de cette cérémonie. Les adultes sont parés de leurs

habits de mariage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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