L'enseignement et le bilinguisme français-allemand
C'est un recteur venu de Lille, nommé recteur de l'académie de Strasbourg en 1981, Pierre Deyon, qui a relancé l'enseignement de l'allemand et mis en place le programme « Langue et culture régionales », permettant ainsi de sauver en partie le dialecte. L'éducation nationale a créé des classes bilingues en maternelle, dans le primaire et dans le secondaire touchant ainsi plusieurs milliers d'élèves. L'allemand, considéré comme langue régionale, est enseigné parallèlement au français.
D'après la brochure 2008 éditée par le Conseil général du Haut-Rhin (Le département en chiffres), les effectifs dans les classes bilingues, sur ce département, se répartissent comme suit :
Au lycée, seuls 321 adolescents suivent des cours bilingues en enseignement public, aucun lycée privé ne proposant de cursus bilingue.
Les enjeux du dialecte alsacien et du bilinguisme franco-allemand
Gage de richesse et de tolérance pour l'Homme
Vice-président de l'association « ABCM-Zweisprachigkeit »t créée en 1990 pour promouvoir un enseignement bilingue en Alsace, Bernard Schwengler, estime que l'enseignement bilingue (français-allemand), outre sa valeur pédagogique intrinsèque, constitue un élément d'épanouissement pour l'enfant. Il combat les thèses proposées par certains opposants à l'ensignement bilingue :
Au contraire, Edgar Zeidler, germaniste et docteur en linguistique, professeur au lycée d'Altkirch, qualifie le monolinguisme de désastre. Il plaide pour une régionalisation de l'enseignement des langues et la réhabilitation du dialecte, tremplin à l'apprentissage de l'allemand. Pour lui, le bilinguisme est en panne, seuls 9 % des effectifs scolaires est en classe bilingue, et la continuité du bilinguisme pendant toute la scolarité est un échec pour la plupart des cas. A cela s'ajoute un problème de difficulté à recruter du personnel qualifié.
Les jeunes ont compris aujourd'hui que c'est une véritable richesse qui est offerte ici par le biais du dialecte, langue du plaisir et non de l'exclusion. Certains jeunes ont envie de se le réapproprier, c'est une chance pour l'apprentissage de l'allemand et pour trouver plus facilement du travail. "Parler plusieurs langues n'est pas un repli identitaire mais bien un gage de tolérance !" renchérit Edgar Zeidler
Ciment des nations
Les langues nationales ou régionales ont toutes leur importance et leur utilité, elles sont l'outil naturel qui permet le trait d'union entre les personnes des différentes régions et des différents pays. Sans la langue régionale, Strasbourg et l'Alsace n'auraient pas pu être le symbole de la réconciliation franco-allemande.
Un vrai bilinguisme franco-allemand en Alsace permettrait à chaque Européen de langue allemande, qui s'installe en Alsace, de s'adapter ; à chaque francophone de connaître, de comprendre les voisins européens, avec la région où il vit ; à l'Alsace, le respect et la survie de son héritage culturel, de son identité et de son rôle régional européen ; à Strasbourg, un soutien réel à être la capitale européenne de chaque Européen, à être l'exemple du respect possible de l'identité culturelle de chacun.
Le bilinguisme est un avantage, un atout pour l'Alsace et ses habitants : si notre pays, la France, donnait les moyens scolaires à l'Alsace, cette richesse naturelle pourrait encore jouer un rôle utile et important au cœur de l'Europe entre deux grands peuples complémentaires, un rôle de modèle pour toute l'Europe et le monde. La construction européenne peut être la chance d'assumer l'Histoire avec ses conséquences, de ne pas la traîner comme un fardeau mais d'en accepter les enseignements et les leçons pour pouvoir trouver les solutions, les réponses aux problèmes et aux réalités du présent : le bilinguisme pourrait être la solution naturelle au respect de chacun en Europe, le ciment de la paix ainsi que la meilleure réponse aux craintes et tendances isolationnistes.
Une identité régionale composite
L'ancien sénateur Henri Goetschy soulignait "qu'une identité régionale sans sa langue est une identité menacée".
Bien entendu, le dialecte n'est pas le seul marqueur de l'identité régionale. 76 % des Alsaciens estiment que la double culture franco-allemande est un élément décisif voire constitutif d'une identité régionale. 94 % considèrent que les arts et traditions sont constitutifs de l'identité, de même qu'une histoire commune (86 %), une bonne connaissance de l'histoire contemporaine (81 %), la défense et la promotion du théâtre alsacien (78 %), l'accessibilité des œuvres contemporaines françaises et allemandes (66 %), la généralisation du bilinguisme dans les administrations, le commerce, la vie publique (65 %).
Créé en 1994, à l'initiative de la Région Alsace, financé par elle et par les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, « l'Office pour la Langue et la Culture d'Alsace » (OLGA) a pour objet de promouvoir la vitalité de l'identité régionale de l'Alsace, par la mise en valeur de son patrimoine et spécificités linguistiques et culturelles.
Entre Vosges et Rhin, l'Alsacien cultive les traditions, sans refus de l'avenir et de la modernité. Attaché à sa région et à son dialecte, il est ouvert à l'Europe et au monde, et considère qu'il relève d'une identité rhénane à laquelle, décentralisation et régionalisation obligent, l'Etat doit donner sa chance. Promoteur du mouvement Identité et Liberté et président de l'Institut du droit local d'Alsace-Moselle, Jean-Marie Woerling, résume ces caractéristiques : "L'Alsace est passionnément française et il n'y a pas d'ombre sur ce plan, il n'y a pas de revendication incongrue ou excessive. L'Alsace est un pays modéré, doté d'une tradition de double culture. L'identité n'est pas pour nous une crispation tournée vers le passé, mais un projet tourné vers l'avenir." Et Adrien Zeller, ancien président du Conseil régional, de souligner : "Les Alsaciens se sentent d'autant plus à l'aise qu'ils savent que leur situation géographique est désormais plus favorable."
Déclin et espoir de survivance
Bien que la pratique de l'alsacien reste encore prépondérante et beaucoup plus étendue que les autres langues régionales de l'Hexagone, la pratique du dialecte régresse depuis la Seconde Guerre mondiale, plus dans les villes qu'à la campagne, et plus dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin.
La survie du dialecte passe par l'implication des parents et des commerçants, afin qu'ils soient acteurs et porteurs de l'alsacien. Pour cela, avec l'aide du gouvernement, il faut vaincre les préjugés et le sentiment de honte éprouvé par les locuteurs alsaciens. L'alsacien n'a aucune chance de survie, si l'allemand ne connaît pas un regain d'intérêt auprès des jeunes. Dans les classes bilingues, il est nécessaire d'opérer des va-et-vient entre l'alsacien et l'allemand, en introduisant des éléments littéraires alsaciens (comptines, chansons, poèmes, théâtre). Ce bilinguisme conduit naturellement au trilinguisme (français, allemand, anglais).
A noter que, pour les Alsaciens établis à Paris ou à l'étranger, le dialecte demeure un ciment formidable dans leurs cercles. On doit transformer la formule qui nous a tant humiliés en : "C'est chic de parler l'alsacien !"
Grâce à cette recherche, j'ai eu l'occasion de développer un thème qui me tient vraiment à cœur, me rappelant ma tendre enfance et ma région d'origine.
Ma première langue, apprise dès ma naissance, était le dialecte alsacien. Je parlais couramment l'alsacien pendant mes cinq premières années jusqu'au déménagement de ma famille en zone plus urbaine, à 15 kilomètres de Strasbourg. Le constat était flagrant, à l'école maternelle, aucun de mes camarades ne connaissait le dialecte. Je devais donc y faire face, et développais mon français, tout en reniant la pratique du dialecte. A ce moment précis, j'étais touché de plein fouet par la propagande "C'est chic de parler le français", puisqu'à mes débuts, seule la maîtresse me comprenait ! Frustré, je ne parlais ensuite plus que le français. Bien sûr qu'il est chic de parler l'alsacien, langue ancestrale de ma région ! Avec mes grands-parents, il est beaucoup plus simple de communiquer en alsacien qu'en français. Suite à l'Histoire, les anciens maîtrisent beaucoup mieux l'alsacien que le français, certains ont même pu survivre lors de la Seconde Guerre mondiale grâce au dialecte et à la compréhension de l'allemand.
Aujourd'hui, ma compréhension orale du dialecte alsacien est restée intacte, mais le parler reste plus difficile à cause du manque de pratique. Cependant, je m'efforce de le parler quelquefois, pour essayer de me le réapproprier.
Musicien dans la troupe théâtrale alsacienne de mon village, nous présentons une nouvelle pièce en dialecte tous les deux ans. Nous faisons salle comble à chaque représentation, et ajoutons des dates de représentation à la suite d’une forte demande. Nous sommes aussi amenés à faire des représentations à Paris ou en Allemagne.
Le dialecte alsacien et l'identité alsacienne ne font qu'un. En ne comprenant pas le dialecte alsacien, certains aspects de la culture alsacienne resteront flous et superficiels pendant toute une vie. Parler l'alsacien, c'est avoir un esprit d'ouverture aux autres et aux cultures. C'est aussi un atout majeur, une richesse puisque nous sommes le liant entre la France et l'Allemagne.
Il est important que l'Alsace puisse garder son dialecte car, sans lui, c'est une partie de sa culture et de son identité qui risque de disparaître. Alors oui, n'ayons pas honte de notre héritage qu'est le dialecte alsacien et transmettons-le aux jeunes générations ! "Schàmme uns nitt zu redde wie uns de Schnàwel gewàchse isch." (N'ayons pas honte de parler le dialecte, tel qu'il nous a été transmis et dans lequel nous avons grandi.) Comme le disait le philosophe autrichien Wittgenstein : "Die Grenzen meiner Sprache sind die Grenzen meiner Welt." (Les frontières de ma langue sont les frontières de mon monde).
Vincent LUTZ, Stutzheim
Etudiant à l'INSA, Lyon, 2009
BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES
Internet :
Le Barabli : Les quatre chansons emblématiques
Retransmission du 26 Juin 1981 durée: 06m 34s
(Source : FR3 - Revue intégrale du Barabli - cabaret satirique alsacien)
La troupe du Barabli termine sa revue annuelle par quatre chansons emblématiques :
Un wenn es Katze räjt, D'Letschte, Un hoppla Geiss, Merci merci merci.
On aperçoit Mario HIRLE au piano sur scène.
Les compléments et la mise en page ont été élaborés par JL Eschbach