Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

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 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Association

Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

1 place de

l'Hôtel de Ville

67150  ERSTEIN 
 

 

Téléphone :

03 88 98 64 99

 ou 

06 86 56 40 68

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand on a ôté la toison du dos des moutons avec des forces ou une tondeuse électrique, peu

importe il est temps de la filer.

 

De la laine au fil

Si l'on entre dans une filature — usine qui transforme la toison en fil — on peut être

déconcerté par la complexité de ses installations. La toison brute est dégraissée dans de

grandes machines, séchée puis déchiquetée dans ce que les fileurs grecs appellent un

likos, ou loup (il broie d'une façon très proche de celle du loup), avant de passer à la

cardeuse.

 

Cardeuse

Celle-ci comporte un grand nombre de tambours recouverts de fines brosses métalliques, les cardes, qui tournent à des vitesses différentes pour que les petites pointes des brosses dispersent les fibres de la toison. Les fibres démêlées et pelucheuses sont placées dans la peigneuse qui les saisit et les réunit en longs rubans continus pouvant avoir des épaisseurs variées, la moyenne étant celle d'un crayon.

Les rubans, se déplaçant lentement, sont directement dirigés vers le métier à filer, lequel remplace le rouet d'antan; dans les filatures modernes, il est équipé de nombreux envidoirs. La laine sort du métier métamorphosée en fil prêt pour le tissage. Si tout cela paraît compliqué,

il ne faut pas oublier que, même dans une très petite filature, la totalité des machines s'étend

sur une longueur de 20 à 30 mètres dont chaque centimètre est utilisé pour traiter la laine.

 

Cardage à la main

Habituellement, le fileur à la main carde d'abord la laine. Les cardes à main sont de petits

outils munis d'un manche et couverts sur une face d'un tissu métallique flexible contenant

de nombreuses petites pointes recourbées appelé habillage de la carde. Je ne sais ni

comment le faire ni comment il est fait, mais si je ne pouvais en acheter j'aurais recours à

une cardère. Cette plante — dipsacus fullonum, pour lui donner son nom savant — est un chardon à tête épineuse qui pousse presque partout en Europe, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord. La tête de la cardère est la plus ancienne carde et sert encore à

peigner le drap dans l'industrie, c'est-à-dire le gratter pour le rendre pelucheux ; on les

monte dans un cadre sur les machines.

Autrefois, pour carder la laine, les fileurs fixaient quelques-unes de ces têtes sur une

poignée ressemblant à celle des cardes modernes.

 

Cardage manuel

Cardage

Le cardage sépare et aligne les fibres de la laine destinée au fil de laine filée. La photo montre l'extraction des fibresd'une carde par l'autre.

 

Le cardage de la laine est un travail très délicat. On prend une poignée de laine brute que l'on place entre deux cardes à main. Celles-ci étant opposées l'une à l'au­tre, on la peigne jusqu'à ce que les petits crochets métalliques dispersent les fibres. On tourne alors les deux instruments dans le même sens et on ne récolte les parcelles de laine que sur l'un d'eux. On retourne celui-ci sur l'autre et on recommence à pei­gner vigoureusement. Il faut répéter cette opération une demi-douzaine de fois avant que toute la laine soit parfaitement cardée, c'est-à-dire que toutes les petites fibres soient séparées les unes des autres. Ce

tra­vail achevé, on prend la laine dans ses mains pour la rouler doucement et former un

cylindre qui ressemble à une longue sau­cisse, et représente l'équivalent des longs rubans

sans fin des filatures. Il ne reste plus qu'à filer et tricoter ou tisser pour obtenir ce qu'on

peut appeler un incomparable tissu.

 

La laine, une fibre pour toutes saisons...

 

Je voudrais parler encore une fois des qualités de la laine, car je pense qu'on n'en chantera

jamais assez les louanges. Merveilleusement chaude, extrêmement durable, étanche au vent,

abritant bien de la pluie, agréable à porter, elle s'avère idéale pour les régions froides.

L'homme n'a encore rien inventé qui ait une aussi grande variété d'usages. Si on suit le

déroulement de la préparation de la laine comme je l'ai écrit plus haut, on aboutit à un fil

élastique dont les fibres sont enlacées en spirale; c'est le fil de laine cardée, léger mais

volumineux et donc chaud. Il est parfait pour le tricot.

 

Ce n'est cependant pas l'unique manière de préparer et de filer la laine. Si on observe une

pièce de drap de laine fine, on remarque que les fibres diffèrent beaucoup de celles d'un

pull-over. Le tissu est en fil de laine peignée; au lieu de la carder, on en passe les mèches

entre les dents d'un peigne en acier pour séparer les fibres longues (le peigné) des courtes

(la blouse) que l'on trouve toujours dans une toison. On garde les longues fibres parallèles

et on les tord légèrement pour former un boudinage que l'on file ensuite.

Il en résulte un fil très fin, lisse et idéal pour être tissé en un drap plat et dense convenant

aux réalisations des tailleurs et des couturiers.

 

 

Le coton

Champ de coton

 

On file, tisse et teint le coton depuis les temps préhistoriques ; les anciennes civilisations de l'Inde, de la Chine et de l'Égypte ont produit des tissus de bonne qualité ornés de dessins ingénieux et très beaux.

 

L'usage du coton s'est répandu de l'Inde vers l'Europe et, au IXème siècle de notre ère, les Maures le cultivaient en Espagne. Mais c'est le Nouveau Monde qui a été le plus grand producteur. Il fut d'abord planté dans la colonie de Jamestown en 1607. De très nombreux esclaves travaillaient sur les plantations, qui ont fini par transformer le sud des États-Unis en un

vaste champ de cotonniers, et faisaient laborieusement la cueillette à la main.

 

On expédiait alors le coton brut en Angleterre, où des milliers d'ouvriers peinaient dans les manufactures du Lancashire, tandis que leurs propriétaires faisaient fortune avec les tissus

produits.

 

Le cotonnier appartient à la famille des malvacées; c'est un arbrisseau qui ne pousse que dans

les climats chauds. La bourre, ou fibre, du coton brut recouvre les graines de la capsule. On doit d'abord enlever ces semences, travail qui était réservé aux doigts agiles des femmes esclaves.

On le fait maintenant en usine avec des égreneurs mécaniques qui séparent la fibre des capsules

puis récupèrent le coton brut.

 

Échantillon de coton DMC.

Le brin (longueur de la fibre) est court mais se transforme facilement en fil. Quand le coton moissonné sèche, ses fibres s'aplatissent et se tordent naturellement ; il faut le battre avec des baguettes de saule pour le rendre duveteux et le nettoyer.

 

Il est ensuite cardé, comme la laine mais plus aisément à cause de son brin court, puis peigné, ce qui couche ses fibres parallèlement ; il est alors prêt pour le filage.

 

Quand on le file, il faut garder les mains proches l'une de l'autre et pédaler vivement pour être sûr de ne pas libérer trop de fil entre la quenouille

et l'en-vidoir, sinon il se noue. Sorti du rouet, il est assez solide pour être tissé.


 

Le lin

 

 Le lin a probablement donné les premières fibres végétales que l'homme ait utilisées. Les Égyptiens le cultivaient et le tissaient il y a quatre mille ans et on sait que les Phéniciens vendaient un lin d'excellente qualité autour de la Méditerranée vers 1250 avant J.-C. Les Romains le faisaient également pousser et l'ont introduit dans le nord de l'Europe ; sa production était intense en Irlande et au pays de Galles vers le Vème siècle de notre ère. En Irlande comme en Égypte, le corps des chefs et des rois en était enveloppé à leur mort.

 

La culture du lin

Le lin pousse dans de nombreux sols, mais il préfère une bonne terre grasse et, pour donner de bonnes toiles, les étés frais et humides.

 

Si le temps est sec pendant la moisson, tant mieux; mais on ne peut tout avoir. Les petites graines noires et brillantes, qui, broyées, fournissent une huile excellente, doivent être semées dans un sol finement labouré, à la fin de mars ou au début d'avril, à raison de 100 kg à l'hectare. On peut utiliser une semeuse ou, avec l'expérience, le faire à la main. On passe ensuite la herse et le rouleau.

 

La plante atteint 90 à 120 cm de haut et donne de belles fleurs bleu pâle ; un champ de lin fleuri constitue un régal pour les yeux. Quand les pétales flétrissent, les graines commencent à se former. On les laisse mûrir complètement si la récolte est destinée à la production d'huile; dans le cas où l'on ne s'intéresse qu'aux fibres, il faudra couper les tiges avant le début de la matura­tion, à la fin de juillet. La moisson se fait à la main. Les tiges sont alors liées en bottes (comme les gerbes de blé, mais plus petites) et mises à sécher.

 

Égrugeage et rouissage

Après la moisson, on procède à l'égrugeage: on passe les tiges dans un peigne d'acier, monté

sur un bâti, pour en séparer les capsules qui seront ensuite broyées afin d'en extraire l'huile ou

nourrir le bétail.

 

Dépourvues des graines, les bottes doivent alors subir le rouissage, traitement permettant aux bactéries d'attaquer et de décomposer la gomme, qui soude les fibres et le coeur inutile de la tige. On peut rouir le lin en:

  • étalant les bottes sur le sol, en plein air, puis en laissant la rosée et le soleil agir sur elles pendant deux à cinq semaines, et en les retournant de temps en temps.
  • en faisant tremper la récolte entre huit et quatorze jours dans un bassin d'eau stagnante.      Quand les tiges commencent à se fendre et à s'ouvrir, le rouissage est achevé. Plus le temps   sera chaud, moins le séjour du lin dans l'eau sera long ; la durée de ce traitement est      importante car son exactitude joue énormément sur la qualité du tissu.

Après le rouissage, on lave les tiges à l'eau, puis on les sèche. Pour cela, on les étend parfois en

ordre régulier sur un pré tondu, si le temps est beau, ou en regroupant verticalement les bottes en moyettes. Dans certaines régions où le temps est imprévisible, on étendait le lin sur une

plate-forme et on allumait un petit feu sous celle-ci. Cette méthode était toutefois risquée car il

suffisait parfois d'une étincelle égarée pour que la récolte soit perdue.

 

Teillage et peignage

Le teillage consiste à séparer la filasse — la fibre textile — du reste de la tige. Artisanalement, on

utilise la broie, un appareil très simple consistant en deux barres de bois parallèles entre lesquelles

on en fait tomber une troisième montée sur charnière. On place une poignée de tiges sur les deux barres immobiles et on les bat en faisant pivoter la troisième. On casse et broie ainsi la partie

ligneuse des fibres pour pouvoir les dénuder.

 

Peignage

 

Cet artisan peigne les tiges de lin teillées. Il les passe dans une série de clous pour les débarrasser de toutes les matières non fibreuses qui peuvent rester dans la filasse — les fibres textiles — ainsi que des fibres trop courtes dont on fait l'étoupe qu'on utilise dans le calfatage et le rembourrage.

 

La phase suivante est le peignage. On passe la filasse dans un grand peigne autrefois, des rangées de clous afin d'éliminer les fibres trop courtes pour être filées. Ces dernières forment l'étoupe, qu'on utilise pour calfater les bateaux, rembourrer les matelas, faire de la ficelle et des cen­taines d'autres choses.

 

 

 

Préparation et filage

Avant d'être filée, la filasse doit être préparée. Cela peut faire un charmant tableau si le travail

est accompli par une jolie femme portant un tablier long. Elle en prend une poignée — la plus

grosse qu'elle peut — et noue le milieu d'une longue ficelle autour d'un des bouts. Elle place

ensuite ces fibres devant elle et attache le lien autour de sa taille. Elle pose la filasse sur son

genou gauche (si elle est droitière), en prend la plus grande quantité possible entre le pouce

et l'index et la place sur son genou droit. Elle reprend une autre pincée de filasse et la couche

près de la première, mais un peu plus à gauche, et continue ainsi jusqu'à ce qu'elle ait formé

un éventail. Elle dispose alors un autre éventail sur le premier mais en travaillant de gauche à

droite, puis un autre de droite à gauche, jusqu'à ce que la poignée soit déployée en couches successives.

 

Elle coupe ensuite la ficelle nouée au sommet de la filasse et place une quenouille, dont le

haut est tourné vers elle, le long d'un des côtés de l'éventail. Une quenouille est simplement un

bâton court et noueux. Tenant l'éventail serré en haut et libre dans sa partie basse, elle l'enroule

autour du bâton. Puis elle plante la que­nouille dans un trou prévu sur son rouet, noue le milieu

d'un ruban au sommet et l'entrecroise en descendant autour de la filasse pour le nouer à la base.

 

 

Prenant un bout de lin déjà filé, elle en enroule un bout sur l'envidoir du rouet et tord l'autre bout

autour de l'un de ceux du bas de la quenouillée. Elle commence alors à filer, en plongeant de

temps en temps ses doigts dans un bol d'eau, pour mouiller le lin et le rendre plus souple. Avec

les doigts de sa main gauche, elle empêche le mouvement de torsion de se propager dans la

filasse de la quenouille, tandis , qu'elle extrait les fibres de celle-ci et redresse les vrilles -avec

sa main droite. Au besoin, elle tourne la quenouille du côté le plus commode et, quand cela

devient nécessaire, dénoue le ruban et le rattache plus haut. Toute la quenouillée est filée ainsi.

 

Quand il a été filé, le lin est prêt à être tissé sur un métier comme toute autre sorte de fil.

Autrefois, chaque ferme qui pouvait cultiver le lin ne s'en privait pas, chaque fileuse le filait sur

son rouet et toute la mai­sonnée passait une bonne partie de l'année à le préparer. Une fois par

an, le tisseur ambulant venait à la ferme avec son métier et tissait le tout pour la famille. Et

c'est ainsi que l'on créait le vrai bien-être.

 

 

La soie

 

En 1900, dans le sud de la France, un million de personnes étaient employées dans la production et la transformation de la soie. Vers les années 60, le nombre en était réduit à zéro. A part une poignée de fervents qui ont conservé quelques vers à soie et mûriers pour le plaisir ou par nostalgie, l'industrie est morte. Les grandes usines de Lyon sont toujours en activité, ainsi que celle de Milan, autre ville de la soie, mais leur matière première vient de Chine ou d'autres pays d'Extrême-Orient.

 

L'industrie française de la soie

Le ver à soie a été introduit d'Espagne et d'Italie en France au XV ème siècle. A la fin du XVII ème , la sériciculture (l'élevage des vers à soie) était florissante et encouragée par Louis XIV. La maladie a failli la faire disparaître en 1853, mais Louis Pasteur y trouva un remède et l'industrie restaurée devint le principal soutien de mainte famille méridionale française. Hélas, l'ouverture du canal de Suez a dégradé la situation en abaissant le prix de la soie importée d'Orient. Aujourd'hui, la production française de soie indigène n'est presque plus qu'un souvenir.

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Formation du cocon

Les vers à soie filent leur cocon dans un endroit élevé à l'écart des feuilles de mûrier dont ils se nourrissent. La paille, la bruyère ou la broussaille, placées sur un plateau, sont idéales pour les recevoir. Le ver rampe sur les branches et s'y installe pour filer sans arrêt, trois jours durant, en sécrétant un épais liquide visqueux qui durcit à l'air et forme un fil dont il s'enveloppe. Chaque ver produit un fil d'une longueur de 2,5 km, environ.

 

Où que l'on aille dans les Cévennes, on peut voir de longs bâtiments, flanquant les fermes, avec de très petites fenêtres et de nombreuses cheminées. Si l'on regarde à l'intérieur, on remarque qu'ils sont vides ou simplement utilisés pour le rangement. Leurs murs ont été noircis par d'anciens feux. On peut encore y trouver les restes de plateaux de canne tressée sur lesquels des milliers de vers à soie vivaient et dévoraient des tonnes et des tonnes de feuilles de mûrier. Ces bâtiments sont des magnaneries, un mot occitan qui vient du nom du ver à soie, magnan, en langue d'oc ; c'est là qu'on les nourrissait.

 

On rencontre aussi d'autres constructions plus importantes, souvent caractérisées par leurs

grandes fenêtres ogivales : ce sont les filatures. Il en existe presque une par village. Les fermiers

y apportaient leurs cocons pour les vendre au propriétaire. A celui-ci, ou du moins aux jeunes

femmes qu'il employait, revenait la tâche délicate de dévider la soie des cocons. Elle était ensuite achetée par des commerçants ambulants qui la transportaient à Lyon pour la vendre aux grandes filatures et usines de tissage de la ville.

 

Un renouveau industriel

Bien que la production de la soie n'ait fait qu'agoniser durant ce siècle, comme tant d'autres

«métiers oubliés », elle n'est pas morte et connaît aujourd'hui une renaissance sensible.

Enquêtant à ce sujet, des journalistes sont allés au village de Monoblet où le jeune maître

d'école travaille à l'avènement de ce renouveau. Mr Wolgram Mollison a suscité assez d'intérêt

dans sa localité pour réunir des fonds qui ont financé la création d'une petite usine ; on y

transforme la soie, de l'état de cocon jusqu'au vêtement fini et teint. Il possède de délicates

machines, conçues par d'ingénieux Japonais, qui dévident la soie du cocon ; des machines à filer ;

des métiers automatiques et des machines à coudre. Quand elle a été visitée en 1983, l'usine

utilisait encore de la soie orientale, mais on espère dépasser ce stade à l'avenir; en effet,

Mr Mollison a persuadé de nombreux propriétaires de le laisser utiliser leurs terres inexploitées

(il en existe beaucoup) et il y a - déjà planté des milliers de mûriers. Il parvient à inciter de plus

en plus de paysans, surtout des femmes, à reprendre la production des cocons, bien qu'il admette

que, pour l'instant, la sériciculture soit plutôt pratiquée pour l'amour de l'art. La soie importée est

encore trop bon marché pour qu'il soit possible de la concurrence, mais il fait remarquer que les salaires de Corée du Sud, d'où la plupart de la soie est importée, vont en augmentant; le temps

viendra où il ne sera plus rentable de la fabriquer là-bas et de l'expédier à l'autre bout du monde.

Il arrivera un jour, j'en suis sûr, où les producteurs de soie des Cévennes seront de nouveau en

activité, les efforts de Mr Mollison leur ayant fait prendre un nouvel essor. Ainsi, grâce à

l'enthousiasme d'un petit groupe inspiré par l'acharnement et la foi de cet homme, on réapprend

l'art de la sériciculture et on prépare l'avenir de futures générations.

 

Les feuilles et les vers

Pour produire une quantité raisonnable de soie, il faut un nombre prodigieux de feuilles de mûrier.

Le mûrier blanc chinois, Morus alba, est robuste et convient parfaite­ment, mais le mûrier noir,

Morus nigra, donne un fruit meilleur à notre goût que celui du premier et semble aussi bon pour le

ver à soie.

 

Marie, une jeune fille d' une ferme proche de Saint-Hippolyte­du-Fort, dans les Cévennes, élève

10 000 vers qui mangent les feuilles de 25 mûriers par mois environ 100 dm3 par jour. Elle doit

cueillir des feuilles fraîches chaque jour, ce qu'elle fait en introduisant simplement les branches

dans un grand sac et en les effeuillant à la main. Oublier un jour serait fatal: cela perturbe la vie régulière des vers et pourrait les tuer.

Les vers occupent un coin de la vieille magnanerie paternelle. Il faut compter environ vingt-sept

jours entre l'éclosion et le moment où le ver commence à filer son cocon, et plus il grandit plus

il a faim. Il faut scrupuleusement ôter les excréments, qui sont abondants, et toutes les feuilles non consommées.

Quand les vers viennent de naître, on hache les feuilles en petits morceaux pour les alimenter;

ce n'est plus nécessaire au bout de quelques jours. Marie utilise des plateaux en osier tressé

montés en étagères ; elle dispose des branches de bruyère ou des broussailles sur ceux-ci quand

les vers deviennent plus gros. Le moment venu, ils se répandent dans ces rameaux pour y filer

leur cocon.

Quand, après trois jours de labeur continu, les vers ont terminé leur enveloppe, il faut les tuer;

sinon, ils sécréteraient un alcali qui rongerait la soie et la détruirait. Marie les tue en les plaçant

dans des sacs en papier qu'elle laisse pendant vingt minutes dans un four chauffé à 93 °C ;

elle m'a toutefois dit qu'en les exposant sous un soleil chaud pendant un jour on obtenait le

même résultat.

 

Filage de la soie

Si l'on ne dévidait pas la soie très rapidement, quand on a tué les vers, ils commenceraient à empester et à souiller le cocon.

Marie a montré comment elle s'y prend. Bien qu'une grande partie de ses cocons aille à la nouvelle usine, elle produit elle-même du fil selon ses modestes moyens, de la manière la plus simple possible, avec une bobine maison faite de deux rectangles de carton emboîtés l'un dans l'autre et d'une branche servant de poignée.

Elle jette huit cocons dans un bol d'eau proche de l'ébullition ; l'intérieur du bol est noir, ce qui permet de mieux distinguer la soie. Très vite, le fil de chaque cocon commence à se détacher et à flotter. Elle rassem­ble les huit bouts de fil avec une pince à épiler, les tord ensemble et les fixe par un noeud sur le «rouet». Elle commence à

tourner la bobine avec précaution et enroule le fil de soie. Quand il n'en reste plus sur le cocon,

une petite larve ratatinée tombe au fond de l'eau ; on est loin de la grosse chenille de 8 cm de

long qui avait construit cette enveloppe.

Marie aime bien produire de la soie ; elle sait pourtant que ce n'est pas le chemin de la fortune :

il faut 500 vers à soie, ou 80 kg de cocons, pour obtenir 1 kg de soie brute. La production totale

de Marie, avec ses 10000 vers et ses 25 mûriers, s'élevant à 20 kg de soie par an, le gain n'est

pas énorme.

 

Soie et acier

La production de la soie semble une occupation bien frivole pour être mentionnée dans le livre.

Mais il faut considérer que la soie est de loin le matériau le plus solide dont nous disposions et,

à épaisseur égale, on la dit plus robuste que l'acier. On en fait un superbe tissu, chaud quand il

fait froid et vice versa. Pourquoi nous, Occidentaux, devrions-nous nous refuser un tel luxe que

nous pouvons très bien produire, même si cela demande beaucoup de travail ? Il suffit, et c'est possible, d'aimer cette activité.

 

John Seymour

 

 

 

 

 

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