Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

*

 

 

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Association

Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

1 place de

l'Hôtel de Ville

67150  ERSTEIN 
 

 

Téléphone :

03 88 98 64 99

 ou 

06 86 56 40 68

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La prière dite, l'assemblée s'asseyait. Le couple prenait place au milieu de l'assemblée. Il était

entouré des demoiselles d'honneur et des garçons d'honneur. Le rôle des demoiselles d'honneur

(« Brautmaidle », «Trauerjungfer », « Trauermädchen », « Schmollmade », « Schmolljungfer »,

« Schmollerin », «Nächste ») et des garçons d'honneur (« Brautführer », «Brautknaben »,

« Schmoll­bub ») était, d'une part, de protéger la mariée contre un éventuel. enlèvement et, d'autre

part, de veiller à ce que les convives ne manquent jamais de nourriture et de boisson.

 

Les « choses sérieuses », comme un paysan nous l'a expliqué, pouvaient alors commencer. Le

menu de fête, qui n'a guère changé jusqu'à nos jours, se composait d'un bouillon de viande avec

des quenelles de viande de boeuf accompagné de différentes salades et de raifort, de plusieurs

rôtis de porc et de veau, de choucroute avec des côtes de porc, de saucisses et enfin de différents gâteaux et tartes. La tarte aux quetsches avait toujours un grand succès. Les variations à ce menu

type s'opé­raient en fonction de la saison et des spécialités locales. Certains mets comme le céleri

et le raifort passent pour des plantes aux vertus aphrodisiaques. On recommandait donc

malicieusement aux mariés d'en manger.

 

Pour nous faire une idée de l'importance de ces repas, nous indiquerons les chiffres donnés par le Docteur Kassel.

 

"À Mietesheim, dit-il, le 7 février 1893 a eu lieu une noce qui a duré plusieurs jours. On y a consommé 1200 livres de bœuf, 700 livres de veau, plus de 100 livres de saucisses; pour la confection du pain, des pâtisseries et gâteaux, on a utilisé 165 livres de beurre et 27 sacs de farine : enfin, il a été bu 1 440 litres de vin. 142 personnes ont été nourries à cette occasion".

 

Entre les différents services, et pour permettre aux convives de mieux digérer les bonnes choses ingurgitées, il arrivait et il arrive encore qu'un des invités, souvent un instituteur, fasse une allocution, rimée ou non, dans laquelle il exprime toute sa joie de pouvoir assister à un si beau mariage et dans laquelle il rappelle aussi les exigences de toute union. Voici quelques textes trouvés lors des enquêtes sur le terrain. Ils viennent de Westhoffen et ont souvent été utilisés entre les années 1810-1900 :

 

Règles d'or pour le mari :

Une gentille femme, sache-le bien, /Veut être traitée avec bon sens. / N'abuse pas de son

coeur flexible et tendre, / Car les instruments fragiles cassent facilement. / Sois doux dans

ta volonté et ton commandement, / L'homme doit être le maître mais pas le despote. / Si

quelque chose te met en colère, / Ne la passe pas sur la femme / Ne sois pas trop pointilleux,

/ Tu fais aussi des erreurs ! Pourquoi pas la femme ? / Ne badine pas avec d'autres femmes,

/ Seul l'amour pour ta femme doit être ton but. / Si ta femme te demande de l'argent, /- Et si

elle en a besoin, ne grogne pas. / Limite le luxe, / Mais ne sois pas avare. / Ne t'adonne pas

à la boisson et au jeu, / Tu as assez de distractions à la maison. / Mets quelque chose de

côté pour la femme et l'enfant, / Même dans la mort pense à leur bonheur. » (Traduction).

 

Règles d'or pour la femme

Sache-le bien, femme, ta volonté, / Doit être celle de ton mari. / Ne dis pas : nous les

femmes, nous sommes trop faibles, / Le plus faible cède plus facilement. / Si l'homme a

trop de soucis, / Ne le rends pas fou en le contredisant. / Embrasse-le affectueusement,

/ Mais ne le flatte pas à la manière du chat. / Une parole aimable au bon moment, / À

souvent chassé la mauvaise humeur. / Une poignée de mains, un baiser, un regard, / Ont

souvent ramené la bonne humeur. / N'écoute pas les commérages, / Ils ne produisent

que la division dans le couple. / Nettoie ta chambre et toute la maison, / Aie une

présentation propre et agréable, / Ton plus bel ornement doit être ta modestie, / Ta plus

grande gloire doit être l'esprit d'économie. / Si Dieu te donne des enfants, aime-les, / Mais

ne les dorlote pas. » (Traduction)

 

Les chants lors des mariages

 

Souvent, pour créer une bonne ambiance dans l'assemblée, on chante lors d'un repas de noces. Autrefois, chaque convive apportait au repas un ou plusieurs livres de chants. Les thèmes de ces chants sont au nombre de trois: l'empereur Napoléon, l'Alsace et l'amour.

 

Il y a un demi-siècle, les chants ayant trait à l'épopée napoléonienne, étaient encore très prisés par les Alsaciens, surtout par ceux de la région de Wissembourg. Dans le domaine de l'amour, les Alsaciens ont beaucoup puisé dans le répertoire allemand. Il revenait souvent au pasteur ou au curé d'entonner les chants.

 

Voici quelques textes de chants encore prisés de nos jours par les convives. Le premier chant, appelé « Les larmes », est surtout connu dans la région de Betschdorf. Il montre que les larmes sont présentes tout au long de la vie, même aux moments les plus heureux :

 

1) On fait à peine le premier pas dans la vie, / Que déjà, comme enfant, on apporte une larme; / Et la mère a des larmes de joie, / Lorsqu'elle salue son enfant avec le premier baiser.

2) On grandit entre la joie et la souffrance, / Lorsque l'amour s'introduit dans le jeune coeur, / Et quand le coeur de la jeune fille se déclare, / Une larme dit: « Oui, je t'aime».

3) Comme elles sont belles les larmes d'une mariée, / Lorsqu'elle regarde le bien-aimé dans        les yeux ! / On conclut l'union, / Ils deviennent mari et femme, / Alors la lutte contre la misère         et les soucis commence.

4) Quand plus tard l'homme a perdu l'espoir, / Confiante, la femme lève encore les yeux / Vers      le monde des étoiles, vers la sereine lumière du ciel, / Une larme dit encore : « Oui, ne te décourage pas ».

5) L'homme vieillit, / L'heure de la séparation a sonné, / Emus, les siens l'entourent, / Et les       yeux de tous sont mouillés de larmes, / Tous ils s'écrient: « Oh père, que tu vives ! » / (ou               « Père, puisse tu vivre encore long­temps ! »)

6) Mais silencieusement et transfiguré l'aïeul porte encore un regard / Sur le cercle de ses     enfants et petits-enfants. / Dans le dernier combat, oui même au moment du départ, / Une        larme dit : « Au revoir ! » (Traduction)

 

Le deuxième chant, appelé .« Mariage d'oiseaux », connu dans toute l'Alsace, est beaucoup plus amusant que le premier:

 

« Un oiseau voulait se marier dans la forêt verte, / Fidirulala, fidirulala, fidirularulala !

La merlette, sa fiancée, portait une couronne de rue, / Fidirulala,...

L' alouette, l'alouette conduisait la mariée à l'église, / Fidirulala,...

Le coq de bruyère, le coq de bruyère était le prêtre, / Fidirulala,...

Le pivert préparait le repas de mariage, / Il mangea les meilleurs morceaux, / Fidirulala,...

Les oies et les canards étaient les musiciens, / Fidirulala,...

Le paon avec sa longue queue exécuta la première danse avec la mariée, / Fidirulala,...

Le pinson, le pinson conduisit la mariée dans sa chambre, / Fidirulala,...

La bécasse, la bécasse apporta un pot de fleurs, / Fidirulala,...

Le grand-duc, le grand-duc ferma les volets, / Fidirulala,...

Le coq cria : «Bonne nuit ! », et la lampe fut éteinte, / Fidirulala,...

Le lendemain le grand-duc dit : / « Les volets sont encore fermés », / Fidirulala,...

L' après-midi, vers trois heures et demi, ils ouvrirent enfin la porte. / Fidirulala,...

Tous les oiseaux, tous les oiseaux félicitèrent pour ce premier péché, / Fidirulala,...                           Maintenant le mariage des oiseaux est terminé, / Peut-être la cigogne est déjà dans la             maison ! / Papa ! Papa ! Papa ! » (Traduction)

 

Les jeux lors du mariage

 

Parmi les jeux en usage à cette occasion, certains rappellent le but essentiel du mariage qui est d'avoir des enfants. À Wildersbach, on faisait circuler un plat recouvert par une assiette. Ce plat circulait de droite à gauche à partir de la mariée, qui le découvrait après le premier jour. Et à la surprise de tous, il y avait un poupon dedans. On refaisait circuler le plat et chaque convive devait mettre une pièce d'argent dedans. Cette collecte était destinée aux frais d'accouchement et au baptême du premier-né.

 

D'autres jeux évoquaient plus directement les organes génitaux. Ainsi, on faisait circuler une corbeille recouverte d'un linge. La cuisinière y avait mis une peau de lapin. Chacun devait mettre sa main dans la corbeille. On s'amusait beaucoup en entendant les cris de certaines femmes effrayées par le contact avec la chose inconnue.

 

Lors de presque tous les mariages le garçon d'honneur ou un jeune se glissait sous la table pour aller voler la jarretière de la mariée et un des souliers. Dans certains cas la jarretière, vraie ou remplacée par un long ruban de couleur ou blanc, était mise aux enchères. Elle était donnée au plus offrant, qui n'était pas nécessairement le marié. On accrochait ce bout de jarretière à la boutonnière. Il faut voir dans ce rite à la fois un désir érotique (la jarretière est

près des organes génitaux) et un rite de fécondité. On recommandait surtout aux jeunes

célibataires désirant se marier de prendre un bout de jarretière. Parfois, c'était le voile de la mariée

qui subissait ce sort. Ces rites existent encore de nos jours.

 

Le vol du soulier est assez semblable. Il était mis aux enchères. Le bénéfice était destiné soit à

une oeuvre sociale des Églises, soit à la cuisinière. Parfois, c'était la mariée elle-même qui était

mise aux enchères. Le mari était obligé de racheter sa femme Les hommes s'amusaient à faire

monter les prix. Ce jeu pouvait même devenir méchant si un ancien soupirant éconduit s'amusait

à faire monter les enchères. On pensait compenser la méchanceté du jeu en destinant le produit

des enchères à une bonne oeuvre.

 

Un autre jeu consistait à apporter un gros paquet qui n'était fait que de plusieurs paquetages de plus en plus petits et d'un cadeau minuscule: un poupon. Les différents paquetages portaient les adresses de différents convives; l'adresse finale était celle du jeune couple. Dans l'Alsace Bossue, on met douze à treize articles dans le paquet: un poupon, une cigogne, un petit berceau, un marti­net, un pot de chambre, un hochet, une cuillère en bois, une petite voiture d'enfant, une serviette, un rouleau à pâtisserie, une tétine et une coupelle en verre.

 

Parfois, un des convives lisait un journal confectionné pour cette occasion. Le principe de rédaction de ce journal était simple. On reprenait tous les

événements de l'actualité à la lumière du mariage. Dans la région de Strasbourg, on lit

encore aujourd'hui une « lettre » adressée par la mariée à son cousin. Le texte est amusant,

d'une part par son contenu, d'autre part parce qu'il est une tra­duction littérale d'un original

alsacien.

 

Les danses lors des mariages

 

Les danses ont souvent constitué un des moments les plus attendus de la fête. Vu l'aspect

érotique des danses, par le passé les autorités civiles et religieuses ont tenu à les interdire

ou à les limiter en dehors des mariages. Ainsi, en 1575 parut pour la Ville de Munster et pour

Muhlbach, un règlement ecclésiastique qui interdisait, entre autres, de danser sans l'autorisation

du magistrat. Une amende de 10 schillings devait frapper celui qui avait contrevenu à cette

interdiction et celui qui avait indûment autorisé cette pratique. À la même époque, dans la ville

de Thann, celui qui avait eu une conduite douteuse lors d'une danse était enfermé dans un cachot.

 

Lors des mariages, les danseurs étaient invités à respecter certaines règles. Ainsi à Strasbourg, au XVI' et au XVIIe siècle, le magistrat exigeait que les hommes invités au bal du mariage déposent leur épée au vestibule et qu'ils gardent leur manteau en dansant, même en été ! Les jeunes filles étaient punissables, si elles arrivaient au bal sans chapeau ni bonnet et si elles « dansaient en cheveux ». Les danseurs n'avaient pas le droit de chanter, de retenir les cavalières dans l'intervalle des danses et de se livrer à des attouchements indiscrets (« ohngebürlich angreiffen »). Enfin il est défendu, sous peine de vingt schillings d'amende, à des jeunes gens et à des filles ne faisant point partie de la noce et n'ayant point été invités, de pénétrer dans la salle de danse. Ceux qui y entraient par violence étaient très sévèrement punis.

 

Les siècles suivants amenèrent une libéralisation et ensuite une suppression des mesures ayant trait au bal et aux danses. Ainsi, à la campagne, tout le village

avait et a encore généralement le droit de participer aux bals de mariages (« Hochzitsbal). Généralement, les danses ont lieu, le soir, dans une auberge ou une salle louée à la municipalité.

Mais, parfois, une grange peut servir de salle de danse. Il y a quelques décennies, à Hurtigheim,

il appartenait au pasteur et à sa femme d'ouvrir le bal.

 

Au XIXe siècle, jamais un mariage ne se passait sans la « danse des morts et de la résurrection » («Leichen- und Auferstehungstanz»), encore appelée « danse du départ » («Abschiedstanz»). On met au milieu de la salle un sapin décoré (« Maibaum ») et dessus une lanterne avec une petite bougie. Le garçon d'honneur avec la mariée, le marié avec une demoiselle d'honneur, ouvrent la danse. Au départ, l'orchestre joue une valse lente qui ira en s'accélérant au fil des minutes. Tous les trois tours, il y a échange de partenaire. Le garçon d'honneur prend comme cavalière la demoiselle d'honneur, et ainsi de suite. Mais la mariée n'a pas le droit de prendre son mari comme cavalier. Quand la bougie s'éteint, on proclame vainqueurs le garçon et la jeune fille

qui ont, juste à ce moment, dansé avec le nouveau couple. Ils ont droit à être raccompagnés à la

maison par l'orchestre. On veut signifier, par cette pratique, que le nouveau couple danse pour la dernière fois avec d'autres partenaires.

 

Plus moderne et connue dans toute l'Alsace, il y a la « valse du coussin » (« Kisselwalzer ». Tout le monde participe à cette danse. Mais, en général, ce sont surtout les jeunes qui l'affectionnent. On

forme un cercle et le couple des mariés commence à danser au milieu. Une personne avec un bâton détermine la durée de la danse. Quand elle frappe par terre avec le bâton, l'accordéoniste ou

l'orchestre s'arrête. La mariée regagne le cercle. Le marié prend un coussin, le pose devant une

jeune fille ou une jeune femme de son choix. Ils se mettent ensemble à genoux et se donnent la

bise. Ensuite, le meneur du jeu vient pour demander une obole à la personne choisie, puis le

couple gagne le centre du cercle pour danser. Au prochain arrêt, c'est au tour du marié de regagner

le cercle. Quand, à la fin, le couple des mariés se trouve à genoux pour se donner la bise et si la

danse a lieu en pleine nuit, on éteint les lumières pour quelques instants.

 

Quant à la « danse du balai » («Bäsetanz»), elle se pratique en dehors des bals de mariage. L'ensemble de l'assemblée exécute une danse; un des hommes, en guise de partenaire, prend un balai. Quand la musique s'arrête, on change de cavalière. L'homme sans partenaire lâche son balai et choisit une jeune fille pour la prochaine danse.

C'est donc au tour d'un autre homme d'être obligé de danser avec le balai. Il s'attire alors des remarques amusantes des autres danseurs qui lui vantent l'état de célibataire.

 

 

La nuit de noces

 

Entre deux et trois heures du matin, quand les invités étaient en train de danser ou de se restaurer, le couple essayait de s'éclipser « en douce » pour aller au lit. Le rôle du garçon d'honneur ou de la demoiselle d'honneur était de donner l'alerte dès que cette disparition était constatée. Toute l'assemblée, ou au moins les jeunes, essayaient de chercher les fuyards. Souvent, on ne savait pas exactement où le couple avait décidé de passer sa première nuit de jeunes mariés. Cela donnait lieu à des recherches bruyantes et amusantes à travers le village: « Si han Chabernakel in de Nacht getriewe. ». (Ils ont fait du vacarme durant la nuit). À partir de ce moment, les deux devaient et doivent toujours, encore de nos jours, subir de nombreuses farces et cérémonies de la part des invités.

 

Les autorités n'ont pas toujours apprécié ces démonstrations nocturnes. Ainsi, en 1737, une ordonnance intitulée «Wegen dem Schlafensingen bey Hochzeitten » (Au sujet des sérénades lors des mariages) interdit pour le comté de Hanau ces manifestations bruyantes.

 

Après ce moment musical, tous les moyens étaient bons pour forcer la porte de la chambre nuptiale. On enlevait les volets du bas, on fracturait la porte d'entrée, on grimpait avec une échelle, etc. Une fois la chambre ouverte, on tirait les jeunes mariés du lit et on les obligeait à boire un liquide préparé pour la circonstance. Généralement, c'était du

vin chaud épicé, servi dans un pot de chambre. Dans la région de Molsheim, on nommait ce vin

chaud de la soupe parce qu'on y avait ajouté du poivre, du sel, de l'huile, du vinaigre et même des cendres. Il y a quelques décennies, dans les régions de Ban, Bischwiller, Sélestat et Woerth, on

avait l'habitude d'enduire les bords du pot de chambre de moutarde. Le marié, avec une saucisse,

devait manger toute la moutarde.

 

Cette coutume du vin chaud est encore en usage. On comprend bien la signification de ce liquide.

Il est là pour donner du courage aux jeunes mariés afin qu'ils remplissent bien leur « devoir

conjugal». Les épices passaient pour des produits aphrodisiaques et le vin pour le symbole, par excellence, de la vie. Enfin l'alcool, dans la mentalité populaire, passe pour augmenter la

puissance virile.

 

Une fois les invités partis (si jamais ils partaient !), les mariés devaient constater qu'on leur avait

joué certaines farces. Le lit avait été dévissé, on lui avait mis des roulettes, on avait enfermé

dans l'armoire un réveil qui sonnait toutes les demi-heures, on avait mis dans le lit soit du riz, soit

du sel, soit encore du blé, soit des objets comme un tuyau rempli d'eau, un poupon, etc.

 

Au Neuhof, au début du XXe siècle, on mettait un baquet de lait sous le lit nuptial. Le lendemain,

on le montrait à tout le monde ! Toutes ces farces rappelaient la fonction procréatrice du couple.

Ces amusements, souvent considérés comme des gênes, doivent en réalité aiguiser le désir de

l'homme et de la femme.

 

Dans le Sundgau, on nous signale pour le début du XIXe siècle l'existence des Tobiasnächte

(nuits de Tobie). Le mari n'avait pas le droit d'exécuter l'acte charnel pendant les trois premières

nuits de la vie conjugale. La croyance populaire voulait que, par ce sacrifice, une âme fût rachetée

du purgatoire. Déjà le Concile de Trente avait recommandé, sinon imposé, l'observation de cette coutume. Les Constitutions synodales du XVII' siècle avaient eu soin de l'inscrire dans leurs

textes afin de guider sur ce point les curés de campagne. Dans la plupart des diocèses,

pourtant, on n'en tint plus guère compte dès le début du XVIII' siècle.

 

Pendant la nuit de noces, les relations sexuelles sont marquées par l'inexpérience, la fatigue et l'énervement. Chez la femme, si elle est vierge, il y a en plus l'angoisse de la défloraison. Chez

l'homme, il y a la peur de n'être pas à la hauteur de la tâche. Les psychologues et les médecins connaissent bien ces impuissances passagères qui peuvent survenir chez certains hommes

pendant la nuit de noces.

 

À la lumière de ces exemple, on voit tout l'intérêt des «nuits de Tobie », où l'homme et la femme n'ont que progressivement des relations sexuelles.

 

Après la nuit de noces

 

À Breitenbach (canton de Sélestat), à la fin du siècle dernier, si les jeunes du village n'avaient

pas trouvé le nouveau couple, on leur servait en guise de petit déjeuner une assiette pleine d'os

rongés. On tenait ainsi à se moquer de ceux qui s'étaient faits jouer par les mariés. Au contraire,

si au cours de la nuit ils avaient trouvé la cachette dans laquelle les deux tourtereaux voulaient

passer une nuit paisible, on les récompensait en leur servant une copieuse collation.

 

À la fin du XIXe siècle, dans le Sundgau, le matin après le mariage, le marié offrait une certaine somme d'argent à sa bien-aimée. Celle-ci pouvait utiliser cet argent comme elle l'entendait. La somme était fonction de la richesse du marié, de sa libéralité et de l'intensité de sa passion. Le marié, en quelque sorte, remerciait sa jeune femme d'avoir sacrifié sa virginité à son profit. Dans les

siècles précédents cette coutume devait être beaucoup plus largement répandue en Alsace.

 

Dans les villages catholiques comme celui. de Monswiller, les jeunes femmes allaient déposer leur bouquet de mariée sur l'autel consacré à la Vierge Marie. On adressait une prière à la mère de

Dieu afin qu'elle bénisse le jeune couple et afin qu'il soit comblé par la venue de nombreux enfants. Parfois, on se rendait aussi sur les tombes des aïeux, où la mariée déposait son bouquet. Ce

geste d'une grande beauté signifie, entre autres, que la vie continue malgré la mort. À ce moment,

le jeune couple adressait une prière à Dieu dans laquelle il remerciait le Créateur pour tout ce qu'il

avait fait pour eux à travers ses aïeux.

 

Les festivités des autres jours

 

S'il s'agissait d'un mariage de gens peu fortunés, les festivités s'arrêtaient au bout d'un jour. Mais

chez les paysans riches, les réjouissances pouvaient s'étendre sur quelques jours. La danse, les

repas, les jeux sont les activités principales des jours suivants.

 

Parfois, dans l'après-midi du deuxième jour, dans certains villages comme Geispolsheim, on déménageait la dot de la femme Cela mettait aussi beaucoup de gaieté dans l'assistance. À

Stosswihr, le deuxième jour était consacré à des excursions. On allait souvent rendre visite à des

gens qu'on n'avait plus vu depuis une longue période. Ces festivités donnaient l'occasion à un

garçon et à une fille de faire plus ample connaissance. L'Alsacien connaît bien ce dicton :

 

« 's esch ken Hochzit so klein, / dass net einer füehrt e Brietel heim. »

(Il n'y a pas de mariage trop petit, toujours il y a quelqu'un qui ramène une jeune fille à la

maison).

 

Certains jeux devaient rappeler au jeune marié les fonctions qu'il devra dorénavant assumer

dans le ménage. Au début du XVIIIe siècle, dans le pays de Hanau (Issenhausen), lors d'une

noce qui dura du mardi au samedi, le jeudi matin, en présence de tous les invités et avec quatre

musiciens, le marié et le garçon d'honneur durent retourner chacun un champ entier avec une

charrue attelée de deux chevaux; pendant l'opération, un des grands-pères faisait danser la

jeune mariée. À la fin, pour montrer sa souplesse, le grand-père sauta sur un des chevaux.

 

À Breitenbach, les célibataires invités au mariage collectaient lors du deuxième jour des victuailles

chez les autres invités. Le dimanche, après le mariage, ces victuailles servaient à faire un

nouveau repas chez le marié. Souvent, vers la fin des festivités, quelques invités restaient pour

aider les familles à ranger la maison.

 

Il était d'usage, surtout dans les villages de la région de Wissembourg, qu'au moment où les

invités prenaient congé de leurs hôtes, on leur remettait des gâteaux et quelques bons restes.

 

Les cadeaux de mariage

 

Il était et il est encore d'usage d'offrir des cadeaux aux jeunes mariés. D'une part, on veut par

ces gestes remercier le couple d'avoir été invité aux festivités, d'autre part on tient à lui donner

des objets utiles pour le nouveau ménage.

 

Souvent les parrains et marraines, en plus des cadeaux en nature, offraient une certaine somme

d'argent à leurs filleuls. Dans la vallée de la Bruche, avant la première guerre mondiale, ce

cadeau s'élevait à 20 Marks. Entre les deux guerres, c'était une somme de 500 Francs. À

Hunspach, vers 1910, dans une famille relativement aisée, chaque parrain ou chaque marraine

offrait 10 Marks. Par le passé, généralement, on donnait aux mariés des ustensiles de cuisine,

de la vaisselle, des couverts, du linge, des tableaux, des pièces de mobilier. À peu près partout

en Alsace les cadeaux empaquetés sont déposés dans une corbeille. Le jour des noces, ils

seront déballés et exposés sur une ou plusieurs tables.

 

Bettstein

Certains de ces cadeaux ont un intérêt pour l'art populaire alsacien. Ainsi on pouvait, comme pour les fiançailles, offrir des pierres chauffe-lit (« Bettstein ») et des aunes (« Elle ») richement sculptées. Dans les milieux paysans et dans les milieux modestes de la ville, on offrait surtout du mobilier et des objets en bois polychrome. Cette habitude de peindre le bois compte surtout pour le bois blanc, c'est-à-dire le mobilier ou les objets réalisés en bois de sapin, de tilleul, de peuplier ou de pin. Ces objets portaient les noms ou les initiales des personnes auxquelles ils étaient destinés.

 

Quelquefois, par souci d'économie et par manque de place, une armoire ou un meuble étaient repeints une deuxième ou une troisième fois comme meuble de mariage. Ces meubles pouvaient avoir été peints, soit par les menuisiers ou les huchiers eux-mêmes, soit aussi par des peintres ambu­lants qui étaient logés et nourris par l'habitant. On peignait très rarement les meubles et les objets en bois noble ou fruitier. Le veinage et la

chaleur de ces bois étaient plus favorables à la sculpture et à la marqueterie.

 

Voici, d'après une exposition qui s'est tenue en 1975 au Musée Alsacien de Strasbourg sur l'art populaire alsacien, une liste non exhaustive du mobilier et des pièces en bois qu'on pouvait offrir lors des mariages: une armoire peinte ou sculptée (« Schrank »), une chaise avec dossier (« Laehnestuehl ») sculptée ou peinte, un coffre en bois sculpté ou peint (« Stolletroej »), une petite commode, un coffret en bois sculpté ou peint pour les bijoux et pour d'autres objets précieux (« Schmuckkaeschtel »), un coffret de courtoisie sculpté ou peint (« Wismuthkäschtel »), un casier à peignes, des moules à pâtisserie (« Springerleform »), des séchoirs pour planchettes à fromage

(« Kästellergstell »), etc.

 

On affectionnait aussi des objets en céramique comme cadeaux. Dans la région de Betschdorf

et Soufflenheim, lors d'un mariage, on commandait chez le potier un grand plat dans lequel

l'artisan devait dessiner deux tourterelles, le nom des deux mariés et l'année du mariage. Parfois

le potier, sur demande de la famille, ajoutait une inscription en rapport soit avec l'une des deux personnes du jeune couple, soit avec la vie quotidienne. Voici, en exemple, un plat du Musée

Alsacien de Strasbourg qui porte l'inscription :

 

«draussen vor dem Ofenloch steht ein Braten, hol ihn doch. »

(À l'entrée du four il y a un rôti, va donc le chercher).

 

Dans d'autres régions, on préférait offrir des carafes et des verres de mariage. Sur une carafe ou sur une paire de verres on faisait graver les noms de famille des deux époux. Deux verreries se sont distinguées dans ces réalisations populaires : la verrerie de Wildenstein (Haut-Rhin) et celle de Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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