Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

*

 

 

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

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Voici un exemple type des éléments qui constituent un trousseau pour une jeune fille à marier :

douze draps de dessus en pur fil, douze draps de dessous en pur fil, douze taies d'oreiller en mi-fil, douze taies d'édredon en damassé, une nappe de table avec douze serviettes en damassé, douze serviettes de toilette en frotté, douze lavettes en frotté, douze torchons de cuisine en mi-fil, douze torchons de cuisine en pur fil (pour essuyer les verres), douze mouchoirs en batiste avec les initiales.

 

Sur les draps du dessus, la jeune fille avait brodé ou fait broder ses initiales. On appelle cela le « monogramme ». Il avait environ 10 cm sur 10. Après le mariage, si le couple décidait de refaire

des draps, soit la femme continuait à mettre ses initiales de jeune fille, soit on mettait les initiales

des deux noms de famille. Sur les draps de dessous, sur les serviettes, sur les torchons, on avait

juste brodé les initiales dans un coin. La nappe et les serviettes de fête étaient richement brodées. Généralement, les motifs représentaient soit des Alsaciens et des Alsaciennes en costume

folklo­rique, soit des cerises, soit des feuilles de houx.

 

Les chiffres donnés forment une unité. Dans les familles riches, le trousseau constituait un multiple

de cette unité de base. Dans ces milieux on ajoutait aussi : une nappe en couleur avec six

ser­viettes assorties, une nappe brodée avec douze serviettes assorties, et une nappe brodée ou

en couleur avec dix-huit serviettes assorties.

 

Tous ces articles rendaient un trousseau assez cher. Ainsi, au début du XXe siècle, quand l'Alsace

était encore sous domination allemande, un grand trousseau revenait environ à 700 Marks. À Quatzenheim, à cette époque, en moyenne un trousseau revenait à 400 Marks. Il occasionnait

entre trois et cinq semaines de travail à une couturière qui recevait 1 Mark 20 comme salaire

journalier. En voyant ces chiffres, on comprend mieux les jeunes filles qui commençaient à

constituer leur trousseau après leur confirmation ou communion.

 

Souvent, les nappes avec leurs serviettes assorties étaient offertes lors du mariage. D'autre part

la jeune fille, avant le mariage, rassemblait encore d'autres éléments qui devaient servir dans le

futur ménage : un ou deux matelas en crin blanc ou noir (« Rosshoor-Matratz »), ou un ou deux

matelas en kapock, un coutil rayé ou avec des motifs à fleurs, une ou deux couvertures piquées

en damassé de couleur (« Steppdecke »), un ou deux édredons (« Plumon » ou « Federbett »),

deux ou plusieurs oreillers (« Kopfekisse »). On était très fier si la laine de la couverture

provenant des moutons de la ferme. Les édredons étaient remplis de duvet d'oie ou de plumes

dont on avait patiemment enlevé la penne centrale durant les soirées d'hiver.

 

À tout cela s'ajoutait le mobilier. Pour celui-ci, le fiancé participait à la constitution. Il y avait généralement l'équipement de la cuisine, d'une chambre à coucher, d'une salle à manger et parfois d'une chambre d'amis.

La cuisine comprenait un fourneau, une table, quatre chaises, un buffet avec de la vaisselle. Il y avait douze assiettes plates, douze assiettes creuses, douze tasses avec soucoupe, douze assiettes à gâteaux, douze ou vingt-quatre verres sans pied (« Rutscherle »), plusieurs plats, un saladier, une saucière, une soupière, une batterie de casseroles et le couvert. La faïencerie provenait souvent de Sarreguemines.

 

Le mobilier de la chambre à coucher comprenait un lit double ou deux lits, un sommier, deux

tables de nuit, deux pots de chambre, deux chaises, une armoire à linge, une table de toilette à

dessus en marbre, un grand baquet (provenant souvent des faïenceries de Sarreguemines),

une cruche assortie, deux coupelles pour le savon et le peigne, et une grande glace. Le mobilier

de la salle à manger comprenait une table avec des rallonges, six à huit chaises et un buffet. Le

service de table était généralement en faïence de Lunéville ou en porcelaine de Limoges. Les

couverts étaient soit en argent massif, soit en alliage comprenant de l'argent. Les verres étaient

en cristal taillé. Souvent, le fiancé était chargé d'apporter le mobilier qui équiperait la chambre

d'amis.

 

Mais encore une fois, il faut souligner que nous sommes en présence d'une liste type qui ne tient

pas compte de toutes les particularités possibles. Celles-ci sont fonction des goûts de chaque

couple, de la fortune des familles et des variations locales. Au XIXe siècle, dans les milieux

paysans de la plaine agricole, les familles avaient l'habitude de donner au garçon et à la fille des

sacs de grains ou de farine comme dot. Il était d'usage de décorer la face de ces sacs, de les

marquer au nom de l'heu­reux bénéficiaire, d'y apposer le signe distinctif de la ferme, de les

décorer de fleurs, d'animaux héraldiques, d'y marquer la date du mariage et le nom du village,

et même de les numéroter.

 

Le choix du jour du mariage

 

De nos jours, surtout dans les villes, les couples ont l'habitude de se marier au début de l'été

pour pouvoir faire coïncider leurs congés payés et leur voyage de noces. On choisit le samedi,

où généralement personne ne travaille. Autrefois, le jour du mariage était choisi suivant d'autres

critères, d'ordre économique, climatologique, religieux et surnaturel.

 

À la campagne, il fallait tout d'abord éviter les périodes où les travaux de la ferme étaient trop accaparants. Comme un mariage pouvait durer entre deux et huit jours, il ne fallait pas le célébrer au moment des semailles ou de la moisson. Comme cette fête coûtait beaucoup d'argent puisqu'il fallait inviter et nourrir plusieurs dizaines de personnes pendant plusieurs jours, il arrivait qu'on reculât la date du mariage d'un an ou au moins de plusieurs mois en cas de très mauvaise récolte. Mais, en général, les paysans souhaitaient «caser leur fille au plus vite ». Il y avait deux périodes propices : l'hiver et l'automne, à la fin des moissons.

La période de carnaval était très prisée. Ainsi en témoigne cette petite chanson populaire :

 

« Wenn d'Fasnacht kummt, / Bisch dû min Mann / Un ich bin dini Frau, Jüheh ! »

(Quand viendra le carna­val, tu seras mon mari et moi je serai ta femme. Hourra !).

 

À Muttersholtz, on dit d'un mariage qui a lieu en hiver:

« Si Hierote fier dass sie warm han und dass sie zsame schlupfe kenne. »

(Ils se marient pour avoir plus chaud et pour se blottir l'un contre l'autre).

 

Ailleurs on affirme :

« Im Winter sitze Katze und Miess zsame. »

(En hiver les chats et les souris sont couchés ensemble).

 

Et d'un mariage en été, on dit:

« Im Summer isch mehr Lieb als im Winter. »

(En été il y a plus d'amour qu'en hiver).

 

Les Églises refusaient de célébrer un mariage pendant le temps clos de l'Avent et du Carême.

Ces deux périodes de l'année étaient considérées comme un temps de prière, de pénitence et

de repentance. On trouvait donc choquant qu'il y eût des mariages à ces moments, car ces

festivités étaient accompagnées d'excès de boisson, de nourriture et de langage.

 

Enfin, le choix de la date du mariage se faisait en fonction de croyances superstitieuses. Ainsi,

on pensait que le mois de mai était un très mauvais mois pour les mariages. On prophétisait à

ceux qui s'étaient mariés en mai une union malheureuse, une union où les deux conjoints se disputeraient continuellement. Ceci s'explique de deux façons. D'une part, le mois de mai est

le mois consacré à la Vierge Marie: on pensait l'offenser en se mariant en cette période.

D'autre part, cette croyance serait aussi à mettre en rapport avec les anciennes superstitions

romaines ayant trait aux mystères de « Bona Dea », que les matrones romaines fêtaient dans

les premiers jours de mai.

 

La lune a aussi son importance dans le choix de la date. Il était conseillé de ne se marier qu'en période de pleine lune ou en période de lune croissante. Il fallait à tout prix éviter de se marier en période de lune décroissante. Dans la région de Mulhouse, on évitait aussi les trois jours consécutifs à la nouvelle lune. Enfin, d'après un calendrier trouvé chez une personne du Sundgau, il existerait par année quarante et un jours néfastes pour un mariage. Il semble que ce calendrier des jours néfastes était très connu autrefois. Déjà les Grecs affirmaient qu'il existe quarante et un jours néfastes. Ces jours étaient aussi considérés comme défavorables pour les naissances. Même si on ne peut pas expliquer le pourquoi de ces jours néfastes, on peut cependant constater que certains correspondent à des jours anniversaires d'événements bibliques néfastes : destruction de Sodome et Gomorrhe, naissance de Judas le traître. C'est du moins ce que certaines personnes affirment.

 

Enfin, il faut parler des jours de la semaine, car là aussi tous les jours ne sont pas favorables.

Autrefois on choisissait surtout le mardi et le jeudi. Le lundi, le mercredi et le vendredi étaient

considérés comme des jours très défavorables pour les mariages et pour les baptêmes des

enfants.

 

Pourquoi le mardi serait-il un jour faste?

L'explication la plus connue se rapporte à un événement biblique. Le mardi est le troisième jour de la semaine, or jésus aurait participé aux noces de Cana le troisième jour (cf. Jean II, verset I). Que le vendredi soit défavorable est parfaitement compréhensible : c'est le jour de la crucifixion du Christ. Que le lundi et le mercredi soient très défavorables est plus difficilement explicable. Il semble que cela remonte à d'anciennes superstitions d'origine germanique.

 

On choisissait d'urgence une date si la jeune fiancée attendait déjà un enfant. Dans ce cas, l'Alsacien dira du jeune couple :

« Sie sin vor em Kanzdi uf d'Weid gange. »

(Ils sont allés sur les prés avant la Saint-Jean).

« Sie han hierode min. » (Ils ont dû se marier).

 

Du garçon qui épouse la fille on dira :

«Er het se wüescht gemacht, jetzt macht'r se au wider sehen. »

(Il l'a salie et maintenant il la rend à nouveau belle). « Er het schon vorgeschaft. » (Il a travaillé en avance).

De ce mariage on dira alors (avec un jeu de mot) :

« Es isch hoch Zit. » (Il est grand temps).

 

La proclamation des bans et les publications civiles

 

Il faut nettement distinguer la proclamation des bans, valable pour le mariage religieux, des

publications imposées par la loi civile.

 

Au Moyen-Âge, la proclamation des bans se faisait trois fois de suite lors d'offices religieux. En

1480, dans son « Agenda », l'évêque de Strasbourg rappelle que la proclamation du projet de

mariage entre deux personnes devait se faire trois dimanches ou jours de fêtes différents. Par

la suite, pour donner plus d'efficacité à cette mesure, on avait pris l'habitude de ne faire les proclamations que le dimanche, jour d'affluence à l'église ; le mariage ne pouvait être célébré

qu' à la suite des trois pro­clamations faites lors de trois dimanches consécutifs. Par la proclamation

à l'église, on voulait informer un maximum de personnes de l'union future entre deux êtres.

 

Quiconque connaissait un empêchement à la réalisation de cette union devait le signaler au

prêtre. Selon le droit canonique, il y a de nombreux cas d'empêchement: défaut d'âge, incapacité corporelle, mariage antérieur, promesses antérieures de mariage, voeux de chasteté, vice du consentement (quand on force par la violence un des conjoints à épouser l'autre), parenté ou

alliance des futurs époux, affinité spirituelle (une marraine et un filleul sont en affinité spirituelle).

Avec quelques modifications, les protestants reprendront les cas d'empêchement existant dans

l'Église catholique romaine. Il y eut juste un léger flottement dans cette coutume lors de

l'introduction de la Réforme à Strasbourg. On se contenta d'une seule proclamation. Mais, très vite,

on revint à l'habitude de la triple proclamation.

 

La publication des bans ainsi que la célébration du mariage étaient consignées dans les registres paroissiaux, qui furent les premiers registres d'état-civil. À Strasbourg, ces registres firent leur apparition dès les premiers temps de la Réforme.

Tout mariage doit être précédé de publications civiles qui ont pour but, d'une part, d'assurer la liberté des contractants et, d' autre part, de provoquer les oppositions au mariage, fondées sur les empêchements dont l'existence ne serait pas révélée à l'officier d'état civil par les pièces qui lui sont remises par les futurs époux. Ces empêchements peuvent être les suivants: lien de parenté très proche entre les deux fiancés, existence d'un premier mariage non dissout, etc.

 

L'affiche apposée à la porte de la maison commune doit énoncer les prénoms, noms, professions, domiciles et résidences des futurs époux, leur qualité de majeur ou de mineur et les prénoms, noms, professions et domiciles de leurs pères et mères. Les fiancés qui veulent procéder aux publications civiles, disent:

«Welle m'r uns ins Käschdele hänke ? »

(Voulons-nous nous suspendre au panneau d'affichage ?).

Dans les villages alsaciens, il était et il est encore coutume que les habitants viennent mettre des bouquets de fleurs artificielles autour et à l'intérieur de ces tableaux d'affichage.

 

Les invitations au mariage

 

Une fois la date du mariage choisie, il faut encore inviter les membres des deux familles, les amis

et les connaissances. Les invitations pour les noces sont parmi les éléments les plus délicats. Il

s'agit de n'oublier aucun parent, aucun ami, aucun voisin, dont peuvent dépendre le bien-être et

l'avenir du futur couple et, d'ailleurs, aussi des deux familles intéressées. Les invitations pour les

noces mettent en oeuvre la diplomatie paysanne la plus aiguisée. Elles doivent se faire selon un

ordre qui dépend du degré de parenté, de la position sociale et de la situation de fortune.

 

De nos jours, on peut faire les invitations en envoyant des cartes par la poste. Autrefois, on se rendait dans chaque famille qui devait participer aux noces.

Cette tâche revenait soit au fiancé, soit au garçon d'honneur. Ceux-ci partaient pour leur tournée d'invitation quelques jours avant le grand moment. Ils faisaient leur tournée soit à cheval, soit sur un attelage richement décoré. Sur leurs chapeaux à large bord, ils avaient fixé des branches de romarin, et dans la main ils tenaient une canne ou un fouet. Ils se faisaient annoncer dans les familles par des coups de pistolet ou par de grands claquements de fouet. Ils entraient dans la ferme en gardant leur cha­peau. L'un des deux récitait un texte d'invitation appris par

coeur ou recopié sur une feuille de papier. Ensuite, on leur servait un petit verre de vin et un

petit quelque chose à manger. On peut facilement imaginer le résultat quand les garçons

d'honneur avaient invité une vingtaine de familles. Déjà en 1686, pour éviter des abus de

boissons alcoolisées, la ville de Mulhouse interdit le dimanche comme jour de tournée d'invitation.

De plus, ce n'étaient plus les garçons mais les filles qui devaient partir en tournée.

 

Voici un texte d'invitation que l'on pouvait trouver au siècle dernier en Alsace :

 

« Honnêtes, humbles et bons amis ! Vous voudriez savoir ce que signifie ma venue et celle de mon filleul — ou parrain —, le futur marié. je ne viens pas pour moi mais pour mon filleul — ou parrain —, le futur marié, et la jeune fille, sa future. En premier, j'invite le père et la mère de la famille, en second les fils et les filles, en troisième les grands et les petits, personne ne doit être exclu. Comme je ne les connais pas tous, je n'ai pas pu les nommer par leur nom. je veux donc vous avoir invité pour mardi prochain dans la maison du père du marié. Là, on distribuera une couronne ou un bouquet de fleurs et peu de temps après on se rendra à l'église pour écouter la Parole de Dieu, mais pas seulement pour l'écouter, mais aussi pour la garder, les jeunes comme les vieux. À l'église, devant l'autel, il y a une marche où le pasteur unira les deux jeunes gens. Et quand l'union sera confirmée et la bénédiction prononcée, nous nous rendrons en peu de temps à la maison. Le sommelier m'a dit que la cave était bien garnie de bons vins blancs et de bons vins rouges, et qu'on pourra et devra boire tout cela. Le cuisinier m'a confié qu'il fournira abondamment les tables et qu'il fera de bonnes tartes. S'il le fait ainsi, cela m'est agréable; s'il ne le fait pas, cela me fait de la peine. Que Dieu nous accorde la vie éternelle. Amen. » (Traduction)

 

À Rosheim, on a trouvé un texte d'invitation qui nous donne de précieux renseignements sur les menus de mariage:

 

«Chers amis, nous sommes venus vous transmettre les salutations de l'hono­rable couple et pour vous inviter au mariage qui aura lieu mardi prochain à dix heures dans la mai­son du marié. Je vous le dis tout de suite, il y aura un bon repas de mariage : pot-au-feu avec que­nelles à la moelle, viande de bœuf avec raifort, choucroute avec côtes de porc et de la salade avec de la saucisse à frire aussi longue qu'un attelage pour charrette et aussi épaisse que le mât de la char­rette à foin, du Kugelhopf aussi grand qu'un baquet, la couronne à côté n'est pas mal. Ensuite Marguerite, la vieille boulangère, viendra avec une tourte brune. On appréciera tout cela et on l'arrosera avec du vin rouge et du vin blanc. Quand tous seront gais et joyeux, on vendra la jarretelle de la mariée aux enchères. Maintenant, vous ne devez plus réfléchir longtemps, mais plutôt nous verser un petit verre de vin. » (Traduction)

 

Les habits pour le mariage

 

Le jeune couple devait être vêtu entièrement d'habits neufs. Rien de ce qui avait servi auparavant ne pouvait être utilisé pour habiller le marié ou la mariée. Les vêtements que le jeune couple faisait faire à cette occasion servaient ensuite comme habits du dimanche. On en prenait grand soin, afin qu'ils pussent servir toute la vie lors des grande fêtes et lors des dimanches. À Weislingen et dans les environs, on habillait les morts avec leurs vêtements de mariage. Autrefois, dans la vallée de Munster, on mettait à la défunte sa robe de mariage.

 

Si, de nos jours, la robe de mariée est blanche, au XIXe° siècle elle était noire. Le changement s'est produit à la fin du XIXe° siècle sous l'influence de la diffusion du dogme de l'Immaculée Conception, le blanc étant par excellence le

symbole de la virginité.

 

On comprend très bien pourquoi la robe de mariée était noire. Avant le mariage, la jeune fille

avait le droit de porter des vêtements aux couleurs très chatoyantes. Ces vêtements devaient

attirer l'attention des hommes. La jeune fille qui avait trouvé un mari n'avait plus besoin de séduire.

On utilisait donc le noir, couleur non excitante du point de vue sexuel. Le noir comme couleur

nuptiale a subsisté dans les villages des alentours de Wissembourg (Hunspach, Oberseebach,

etc.) jusqu'à la période entre les deux guerres mondiales.

 

La fabrication de la robe de la mariée était entourée de nombreuses pratiques superstitieuses.

Comme toujours, on voulait, d'une part, éviter l'agression des esprits malfaisants qui auraient pu

se glisser dans le tissu de la robe, et d'autre part, on voulait attirer les forces de vie sur la mariée. Généralement, c'était le fiancé qui offrait le tissu de soie noire et les souliers que la jeune fille

allait porter au mariage. Ces cadeaux marquaient une prise de possession de la femme par

l'homme. L'Alsacien connaissait une expression marquant cette prise de possession et ayant

trait à la coutu­me d'offrir les souliers de mariage :

 

« Sie kommt under de Pantoffel vom Hochziter. » (Elle passe sous la pantoufle du marié).

 

On recommandait aux jeunes gens de faire coudre les vêtements de mariage à la maison en

évitant de les montrer aux vieilles femmes. On voulait se garder du mauvais œil que certaines

d'entre elles possédaient. À ce propos, il faut remarquer que le voile porté par la femme le jour

du mariage n'est pas seulement un symbole de virginité, mais passe aussi pour empêcher le

«mauvais Geil» de nuire au jeune couple. Si on avait fait coudre ces habits à l'extérieur, il fallait

les apporter au jeune couple avant le lever du soleil. Les bouts de fil qui dépassaient devaient

être enlevés avec la cire d'un cierge béni.

 

La fiancée, même si elle était couturière de profession, n'avait pas le droit de se confectionner

la robe. On pensait que transgresser cet interdit mettait le couple en danger. Il fallait donc confier

cette tâche à une couturière.

 

«Schneider die Braut ihr Hochzeitskleid selbst zu, / So zerschneidet sie auch zugleich

ihr Glück. »

(Si la mariée coupe elle-même sa robe, elle découpe en même temps son bonheur).

 

Brautkranz », « Brautkrönlein », « Jungferkranz», « Hochzittsufsatzla »

Enfin, on confectionnait la couronne de la mariée, qu'on nommait: « Brautkranz », « Brautkrönlein », « Jungferkranz», « Hochzittsufsatzla » (vallée de Munster), « Schapel » et « Krönel ». Au XIXe siècle, cette couronne était faite de romarin. Cela explique cette phrase d'une chanson populaire :

«Macht mir ein Kränzlein von Rosmarin, / dass ich eine Braut und Jungfrau bin.»

(Faites-moi une couronne de romarin puisque je suis une mariée et une vierge).

Par la suite on remplaça le romarin par le myrte. Dans la vallée de Munster, cette couronne était faite d'un capuchon sur lequel on avait fixé des paillettes dorées et argentées (les « Flitterchen »). Dans la région de Wissembourg, les fleurs étaient artificielles.

 

La tendance populaire a été de remplacer le naturel par l'artificiel, de dédaigner ce qui se trouve dans les champs et les jardins au profit de ce qui s'achète à la ville, dans un magasin. On peut interpréter cela par le même fait observé dans les cimetières: l'artificiel, qui a coûté, se conserve, alors que le naturel,

qui ne coûte rien, dépérit.

 

Cette conception explique aussi cette autre coutume rencontrée autrefois dans les familles

alsaciennes, et qui consistait à mettre cette couronne sous globe, comme ornement de buffet,

ou dans l'armoire avec d'autres souvenirs de famille. Cette couronne est le symbole de la

virginité.

 

Dans la région de Wissembourg, il exista jusqu'en 1950 environ les fameuses «Strisselhochzit».

C'était toujours de grands mariages qui duraient huit jours et qui comprenaient au moins une

centaine de convives. Les invités devaient fixer des bouquets de fleurs à leurs vêtements.

La mariée, ainsi que toutes les jeunes filles, portaient des couronnes en fleurs artificielles.

De plus, la mariée avait droit à deux bouquets de fleurs qu'elle fixait sur les manches de sa robe.

Elle était tenue de payer les fleurs aux autres jeunes filles. Les hommes, de leur côté, portaient

un petit bouquet à la boutonnière.

 

Les préparatifs pour le repas de mariage

 

Ce sont les préparatifs qui prennent le plus de temps et qui mobilisent beaucoup de personnes. Autrefois, dans la région de Wissembourg, il appartenait aux jeunes filles d'honneur, les

«Schmollmade», d'aider la fiancée et sa mère à rassembler la vaisselle dans tout le village, à

cuire les pains, les tartes, les gâteaux, à préparer les quenelles à la moelle, etc. Comme un

grand nombre de personnes participait au mariage, il fallait voir grand. Un jeune boeuf, deux

ou trois veaux, deux ou trois porcs, une cinquantaine de poules, quelques dizaines de lapins

devaient laisser leur vie pour ces festivités. Si le repas avait lieu à la maison, il fallait déménager

tout le mobilier afin de pouvoir disposer les tables et les chaises.

 

Aux siècles passés, les autorités religieuses et civiles ont cherché à limiter au maximum l'ampleur des repas de mariage et des festivités s'y rajoutant. Les préparatifs devaient rester dans les cadres que les diverses ordonnances avaient imposés.

 

L'explication de la sévérité de ces ordonnances nous est donnée par l'évêque Erasme de Strasbourg dans son introduction à une ordonnance réglementant, à partir de 1549, les fêtes de mariage. L'évêque nous dit qu'il a appris que les repas de mariage, de baptême et d'autres festivités avaient parfois pris une telle ampleur que certaines personnes s'étaient minées. En conséquence de quoi il décidait de prendre une ordonnance pour mettre un terme à ces abus.

 

En 1554, les élus de Sélestat publièrent une «Hochzeit-Ordnung». Il y est dit que les repas ne

doivent pas comporter plus de quatre services, que le mariage ne doit pas durer plus de deux

jours, que les convives doivent s'abstenir de trop boire pour éviter des cris intempestifs et des

regrettables. Pour donner plus d'efficacité à cette ordonnance, il est permis aux élus d'aller

contrôler les repas de mariage et d'en faire un compte-rendu au magistrat.

 

Une disposition curieuse est celle qui enjoint aux fonctionnaires chargés de veiller à l'exécution

de l'ordonnance d'envoyer à chaque noce deux surveillants («Ambtknechte»), et même plus de

deux, si le cas le requiert. Quel plaisir délicat de manger et de s'égayer en face et sous la

surveillance de la police.

 

À la campagne, les règlements n'étaient pas moins sévères. On voulait à tout prix éviter des

festivités qui ruinent les paysans et mettent l'économie d'un village en difficulté. Il faudra attendre

le XIXe siècle pour voir disparaître ces ordonnances. À ce moment, ce seront les guerres qui

joueront parfois le rôle de régulateur pour éviter les trop grands festins.

 

Chacun fête la fin de sa vie de célibataire

 

Le jour avant le mariage, la fiancée déménageait son trousseau en grande pompe. On allait donc transporter tout le mobilier dans le nouveau lieu de résidence du couple. Ce moment dans le cérémonial nuptial apportait beaucoup de gaieté dans le village. Tous les biens de la jeune fille étaient chargés sur des charrettes à ridelles («Leiterwagen») tractées par des chevaux. L'ensemble de l'attelage avait été richement décoré de fleurs et de rubans multicolores.

 

Sur la première charrette, on avait chargé le lit nuptial qui était béni autrefois par le curé, et le reste du mobilier de la chambre à coucher. Généralement il appartenait au garçon d'honneur (« Brautführer ») de conduire cette charrette sur laquelle la fiancée et les demoiselles d'honneur avaient pris place. À Quatzenheim, on disait alors de la fiancée : « Sie sitzt wie e Glouck in Mitte von ihrem Hab un Gut. » (Elle est assise comme une poule au milieu de ses biens).

 

La deuxième charrette, où on avait placé le reste du trousseau, était conduite par le deuxième garçon d'honneur. Parmi les objets emportés il y en avait deux qui nécessairement devaient y figurer: le berceau et le rouet (« Brauträdel »). Le fiancé, arborant un magnifique bouquet de fleurs à la boutonnière et montant un cheval, galopait à côté et souvent, avec de grands cris de joie, faisait claquer son fouet. Cela faisait inévitablement penser au guerrier ramenant à la maison son butin de guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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