Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

*

 

 

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Association

Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

1 place de

l'Hôtel de Ville

67150  ERSTEIN 
 

 

Téléphone :

03 88 98 64 99

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Premièrement, beaucoup d'adolescents, vers 16-18 ans, veulent apprendre comment s'opèrent des relations sexuelles. La partenaire choisie pour ce premier dialogue des corps a peu de chances d'être la future compagne de la vie. Elle n'est qu'une partenaire occasionnelle. Les garçons sont presque poussés à rechercher de telles expériences puisqu'ils entendent dire qu'on n'est véritablement homme que lorsqu'on a eu des rapports sexuels avec une fille :

« Er het ken Erfahrung, es isch also noch ken Man!»

(Il n'a pas d'expérience, ce n'est pas encore un homme)

 

Cette expression nous laisse aussi entrevoir le désir des femmes qui attendent souvent que les hommes arrivent au mariage en ayant une certaine connaissance pratique des relations sexuelles.

Il faut aussi remarquer qu'il y a ici une certaine contradiction. En effet, autant la mentalité

populaire admet qu'un homme puisse venir au mariage en ayant une expérience sexuelle, autant

elle condamnera facilement une fille qui aura perdu sa virginité avant le mariage. Cette

contradiction apparaît aussi dans cette phrase qu'une mère de garçons peut adresser à une mère

de filles.

« Ich loss miner Hahn lafe, halde eiri Hiehner. »

(Je lâche mon coq, rentrez vos poules).

 

Deuxièmement, dans de nombreux villages alsaciens, règne l'habitude qui veut que lorsqu'un

garçon a décidé de prendre éventuellement comme femme telle fille, il ait eu plusieurs relations sexuelles avec elle. Ces relations sexuelles visent deux buts: d'une part savoir s'il y a une

harmonie possible entre les corps des deux partenaires, et d'autre part savoir si la femme peut

avoir des enfants, certains paysans n'épousant une femme que s'ils la savent enceinte de leurs

oeuvres. Il faut voir qu'il y a ici un motif économique, le paysan désirant avoir un descendant qui

lui garantisse la continuité de l'exploitation agricole. On justifie ces pratiques par le dicton :

« M'r soll ken Katz im Sack kaufe. »

(On n'achète pas un chat enfermé dans un sac).

 

Une coutume disparue : le «Schwämmen »

 

Schwämmen ou Kiltgang

Pour comprendre cette pratique disparue, il faut savoir qu'elle est semblable à cette autre coutume, le « Kiltgang » qui existe en Suisse, en Allemagne, dans les pays nordiques et plus particulièrement en Suède. Cette coutume du « Kiltgang », qui est ouvertement approuvée par l'ensemble du village, consiste en ce que la jeune fille, certains soirs, ouvre la fenêtre ou la porte de sa chambre à coucher successivement à ses divers galants. Le préféré du jour se couche auprès d'elle, en restant complètement vêtu, ou en se dévêtant partiellement, et sans qu'en principe l'acte d'amour soit accompli. On passe la nuit à parler des événements qui se sont produits dans le village, et à dormir dans les bras l'un de l'autre. Les galants sont choisis par la fille et il n'est pas certain que parmi eux se trouve le futur fiancé. Le « Kiltgang » n'est ni un accouplement d'essai,

ni l'obtention pour le galant d'un droit préférentiel pour le mariage. Il faut plutôt le classer dans la catégorie des fréquentations érotiques d'onanisme à deux.

 

 

La fête des fiançailles

 

 

La fête des fiançailles autrefois

 

La fête des fiançailles marque un moment de rupture dans la vie du garçon ou de la fille. En

quelque sorte, on rompt avec son passé de garçon ou de fille libre comme le vent. On a maintenant

pris devant les deux familles l'engagement d'épouser l'autre dans un avenir plus ou moins proche.

On n'appartient plus vraiment au groupe des célibataires, mais on n'est pas encore membre à part entière du groupe des couples mariés ; on est dans un stade intermédiaire. Après cette fête, les préoccupations changent aussi. Avant, on était soucieux de trouver un partenaire, après on doit voir comment on peut vivre à deux.

 

Cette fête intervient souvent après que le garçon soit allé chez son futur beau-père pour lui demander la main de sa fille. Parfois, c'est le père du garçon qui se rend auprès du père de la fille pour demander le mariage. Au début du XXe siècle, dans le Sundgau, c'était la mère du garçon qui rencontrait la mère de la fille. Si, de nos jours, cette fête qui existe surtout dans les villes est l'occasion pour les deux familles de faire plus ample connaissance et de faire connaître à tout le monde le projet de mariage qui existe entre le garçon et la fille, au Moyen-Âge elle était avant tout fête était religieuse. Les engagements pris par le jeune couple l'étaient non seulement devant les parents, mais encore devant un prêtre.

 

L'importance de la fête des fiançailles était telle qu'il arrivait qu'on la confondît dans la forme avec le mariage lui-même. Un homme qui était fiancé n'avait pas le droit de se marier avec une autre femme. Parfois,

cela était assimilé à la bigamie et très sévèrement puni. Pour ce casuel, le prêtre percevait une taxe.

 

Mais, du côté catholique, le Concile de Trente, qui se termina en 1563, marqua un tournant pour

la signification de cette fête. À partir de ce moment on ne considère plus les fiançailles comme une

fête liturgique, mais uniquement comme ayant un caractère familial et populaire. Du côté des protestants, dans certaines parties de l'Alsace, il semble que cette fête ait gardé son caractère

religieux au moins jusqu'à la fin du XVIIe siècle, voire jusqu'au début du XVIIe siècle.

 

Au XIX' et au XXe siècles, il n'y a plus de bénédiction religieuse des fiançailles, chez les protestants comme chez les catholiques. Dans les familles riches, bourgeoises ou paysannes, les fiançailles

sont remplacées par une fête marquant la signature du contrat de mariage. Cependant, dans les

familles moins aisées qui n'avaient pas assez d'argent pour financer deux repas (celui du contrat

de mariage et celui du mariage) et qui ne signaient pas de contrat de mariage, cette fête était

totalement tombée en désuétude.

 

La signature chez le notaire

 

La fête des fiançailles était, au siècle dernier, remplacée par la signature du contrat de mariage. Cette signature n'intervenait qu'après l'accord des deux partis. Souvent, celles-ci avaient eu des difficultés à se mettre d'accord pour savoir ce que chaque enfant recevrait en dot de sa famille.

Par exemple, le père du garçon ne trouvait pas normal de donner quinze bons champs à son fils alors que l'autre parti n'en apportait que quatorze. De son côté, le père de la fille ne trouvait pas normal qu'il donnât un cheval à sa fille alors que son futur gendre ne recevait que deux boeufs. Parfois même ces discussions ont fait échouer des mariages, les deux parties n'arrivant pas à s'entendre.

 

La signature du contrat de mariage se nomme

« Verschreibung » ou «Handstreich » et l'acte notarié lui-même « Ehbreitung » qui vient du vieil

allemand où le mot « reiten » signifie calculer, compter. Tôt le matin le notaire, accompagné de

son clerc, arrive à la ferme pour rédiger le contrat. Après que le contrat soit rédigé, on passe aux signatures.

 

Quand vient le tour de la jeune fille de signer, son futur mari constate avec effroi qu'elle a disparu.

Elle s'est en effet cachée dans la ferme. Tout le monde se met à sa recherche. Une fois trouvée,

on doit constater qu'elle ne veut absolument plus signer le contrat. Son fiancé ne pourra la faire

changer d'avis qu'après l'avoir longtemps flattée et lui avoir offert un cadeau ou quelques pièces d'argent. Mais, au moment de signer, la plume ne veut absolument plus écrire. Pour trouver une

plume qui écrive, le fiancé devra encore une fois faire de nouvelles promesses à sa future ou bien

lui donner quelques pièces supplémentaires d'argent.

 

Ce rite s'explique très facilement. Nous sommes en présence d'une réaction de défense d'un milieu

(la famille de la fille) qui sait que le futur mariage l'affaiblira numériquement, affectivement et financièrement. En effet, il est coutume que la fille entre dans la mouvance de la famille du garçon.

 

«D'Frau kommt of d'Sit vom Mann. » (La femme va du côté de l'homme).

 

Après la signature du contrat de mariage viennent les réjouissances auxquelles sont invités, non seulement les deux familles, mais encore les amis et le notaire avec son clerc. Tout le monde prend place autour des tables afin de manger le bon repas servi.

Soudain, dehors on entend un coup de pistolet et quelques instants plus tard, un garçon en habit de dimanche, souvent le futur garçon d'honneur (« Brautführer »), entre dans la pièce. Parfois, il est accompagné d'un autre garçon. D'une main il tient une bouteille de bon vin et de l'autre un bouquet de fleurs artificielles.

 

Bouquet de fiançailles en roses artificielles

Le bouquet est le cadeau des jeunes célibataires. Il est offert par l'intermédiaire d'un délégué qui s'adresse au jeune couple avec les paroles suivantes :

 

« Jetzt wünsch ich em Hochziter un de Jumfer Hochziteren au viel Glück in dem Ehstand, un soll ich euch dene Strüss Presänt mache. »

(Maintenant je souhaite beaucoup de bonheur au fiancé et à la fiancée dans leur union; et là je dois vous remettre ce bouquet comme cadeau).

 

On remercie le jeune homme, on le complimente pour le beau bouquet, puis on l'invite à s'asseoir. Il verse son vin à ses voisins de table. Puis, au bout d'un moment, il se lève pour repartir, non sans qu'on lui ait de nouveau rempli la bouteille. Dans la ferme retentit encore une fois un coup de pistolet.

 

Si le fiancé était un étranger au village, le discours tenu par le délégué était le suivant:

 

« Der Herr Hochzeiter hat sich erfrecht / Und die schönste Blume im Garten gebrecht. / Diese Sache gehen wir nicht so ein, / Sie muss vor Gericht entschieden sein. / Doch, um das alles zu verhüte, / Kann der Herr Hochzeiter uns vergüte. / Seht, zum Zeichen, dass wir einig sein, / Schenken wir Ihnen dies Sträusselein. »

(Le fiancé a osé cueillir la plus belle fleur du jardin. Nous n'acceptons pas cela sans rien, cette affaire doit se passer devant un tribunal. Mais pour éviter cela, le fiancé peut nous dédommager. Et voici, comme signe de notre entente, nous lui offrons ce bouquet de fleurs).

 

Dans ce cas, l'étranger devait verser une certaine somme d'argent au délégué. Celui-ci remettait alors à l'étranger un bouquet de romarin qui signifiait l'acceptation, par les jeunes du village, de l'union entre l'étranger et une fille du village. Cette coutume était aussi très vivace en Lorraine.

 

Les familles des deux jeunes doivent aussi fournir un « Trumbotte » aux villageois. C'est une certaine quantité de vin que l'on offre aux célibataires, aux jeunes hommes mariés et aux femmes. Les pauvres gens ont eux aussi droit à du vin. Chaque catégorie de personnes en reçoit une quantité déterminée. Les femmes, par exemple,

reçoivent un seau de bon vin. Les jeunes gens, qui ont reçu la plus grande quantité, boivent ce fruit

de la vigne dans l'auberge du village. S'il y a plusieurs auberges dans le village, ce sera dans celle

où on fêtera le mariage du couple. S'il n'y a pas d'auberge, on le boira dehors. Les hommes mariés

ainsi que les femmes, pour garder un peu plus de dignité, boivent le vin à la maison. Les jeunes

gens, de leur côté, savent qu'ils pourront boire autant de vin qu'ils en auront envie. En effet, chaque paysan qui marie son enfant se fait un point d'honneur de pouvoir étancher la soif de tous les jeunes gens.

 

Ces beuveries collectives, il faut bien appeler les choses par leur nom, étaient toujours très hautes en couleurs. Il était amusant de voir l'effet du vin sur les femmes. Généralement, il y avait un grand « Trumbotte » lors de la signature du contrat de mariage et un petit « Trumbotte » lors du mariage. Dans certains villages, il n'y avait de « Trumbotte » que quand le garçon était un étranger venant s'établir dans le village de la fille. Dans d'autres villages, on distribuait de l'argent lors de la signature du contrat de mariage et du vin lors du mariage.

 

Cette coutume du « Trumbotte » doit remonter très loin dans le temps. Elle est le reste de cette

autre coutume, très vivante au Moyen-Âge, qui consistait à boire du vin pour conclure les accords commerciaux (« Weinkauf»). La coutume semble s'être éteinte au début du XXe siècle. Mais avant

de disparaître complètement, elle avait subi quelques transformations. Ainsi, certaines familles pré­féraient offrir modérément des boissons alcoolisées, mais elles y ajoutaient des saucisses, du pain

et du gâteau.

 

Les différents contrats de mariage

 

Le contrat de mariage, qui est signé quelques semaines, voire un ou deux mois avant la cérémonie religieuse, a pour but de fixer dans des termes juridiques les accords qui sont intervenus entre l'homme, la femme et les familles respectives.

 

En premier lieu, le contrat est là pour rappeler à chacun des deux partenaires certains de leurs droits et devoirs. Deuxièmement, il doit enregistrer les biens que chaque partie a apportés dans l'union. Troisièmement, il doit indiquer la marche à suivre pour partager les biens lors du décès d'un des conjoints.

 

À certaines époques et dans certaines régions, ces contrats furent même obligatoires (ainsi, du temps de la Réforme, à Strasbourg, selon François Wendel). Mais à la même époque, dans la ville impériale de Turckheim, ils étaient facultatifs (« einem jeden frei gelassen »). En étudiant quelques contrats de mariage des siècles passés, on peut découvrir certaines coutumes aujourd'hui disparues.

 

En examinant par le détail des contrats de mariage, on remarque que dans chaque préambule les fiancés promettent d'aller se marier à l'église. Ce contrat, rédigé en langue française, est identique

aussi bien dans sa lettre que dans son esprit aux contrats rédigés en langue allemande. Cela

remonte à l'époque antérieure au Concile de Trente où les fiançailles célébrées à la maison, et la copulation charnelle (« copula carnalis ») étaient souvent considérées comme suffisantes pour la

validité du mariage. La cérémonie religieuse, souvent facultative, n'était en somme qu'une « solennisation » du mariage. L'inscrire dans un contrat était la rendre obligatoire.

 

Après le Concile de Trente, où les fiançailles perdent leur valeur liturgique et où le mariage religieux

à l'église devint obligatoire, cette clause dans les contrats était presque superflue, mais elle subsista encore quelques siècles. Du prochain contrat de mariage, signé le 3 juin 1775 à Bergheim, on ne donnera qu'un résumé. En effet le texte original contient plus de 1 500 mots.

 

Dans la Basse-Alsace, nous trouvons un parallèle à cette pratique, le « Kommnächten » (les nuits pour venir). Comme le nom l'indique, ce sont les nuits où le soupirant a le droit de rendre une visite à sa bien-aimée. Ce sont les mardi, jeudi, samedi et dimanche soirs. Un garçon qui se respectait, n'allait pas visiter sa fille un autre soir. Celui qui le faisait, passait, aux yeux des gens, pour un «pisse au lit». L'usage des « Kommnächten » a aussi disparu.

 

Si l'explication du mot « Kommnächten » est évidente, celle du mot « Schwammen » est plus dif­ficile. Le mot semble remonter au vieil allemand « sweimen », « schweifen », « schweben » qui est utilisé pour désigner le vol de certains oiseaux. On fait ici sûrement allusion au fait que le garçon doit s'élever dans les airs, au moyen d'une échelle, pour atteindre la fille.

 

Exemple de contrat

 

C'est un contrat entre Jean-Georges Schmitt et Anne-Marie Lutz. Il comprend huit points.

  1. Les deux fiancés promettent d'aller à l'église pour faire bénir leur union par un prêtre de          l'Église catholique romaine.
  2. Le marié promet à sa femme un « don du matin» d'un montant de 300 Livres Tournois.                 Ce « don du matin» reviendrait à la famille du garçon au cas où la femme viendrait à mourir       sans laisser de descendant.
  3. Chacun des deux reste possesseur de ce qu'il a apporté dans le mariage.
  4. Les biens que les deux auront acquis au cours de leur vie commune devront être partagés           en deux.
  5. Le marié recevra de son père et du reste de la famille, après la célébration du mariage,                  la somme de 960 Livres 43 Sols 6 deniers.
  6. Le marié recevra encore de son père quelques terres.
  7. La mariée recevra de ses parents des vignes, des prés, des champs et un riche trousseau.
  8. Enfin le marié s'engage à payer à sa future épouse la robe de mariage, le père du garçon       s'étant engagé à verser à cet effet la somme de 84 Livres.

On parle de «Morgengabe », qui est le «don du matin ».

Celui-ci remonte à d'anciennes coutumes germaniques. Son attribution est subordonnée à la

copulation. C'est en quelque sorte le remerciement de l'époux à l'épouse qui a sacrifié sa virginité

au profit de son mari. On voit que l'homme s'engage à payer à sa future épouse la confection de

la robe de mariage. Ce ne devait pas être une petite robe, vu l'importance de la somme mise à disposition : 84 Livres ! Cette coutume qui fait que l'homme paye la robe de mariée s'est maintenue jusqu'à nos jours. Elle marque en quelque sorte la prise de possession de la femme par son mari.

 

Les ruptures après les fiançailles

 

«Maidele ! M'r soll net ender jüchse as / M'r vom Massdi d'heim esch. »

(Jeune fille, il ne faut pas se réjouir avant d'être rentrée de la foire).

 

Ce proverbe alsacien est l'équivalent du proverbe français: « Il ne faut pas vendre la peau de *l'ours avant de l'avoir tué. » On l'utilise surtout à propos du mariage. On sait que les fiançailles ne sont qu'un engagement pris par les deux partenaires de se marier ultérieurement. Cependant,

chacun des deux garde la possibilité de revenir sur sa décision. Et il n'est pas rare que, pendant la période entre les fiançailles et le mariage, il y ait rupture. Il peut y avoir plusieurs raisons qui poussent des fiancés à se séparer. Généralement, les deux partenaires, en ayant une meilleure connaissance l'un de l'autre, voient qu'ils ne sont pas capables de vivre ensemble. Dans ce cas,

la rupture est la meilleure solution.

 

Il y a aussi, parfois, des raisons économiques. Ainsi, une des deux parties, après mûre réflexion,

a l'impression que le niveau social de l'autre partie n'est pas assez élevé et que le mariage

projeté deviendra une mésalliance. Dans ce cas, c'est la famille qui provoquera la rupture :

 

« Wenn es um's Geld geht, dann isch Fierowed. »

(Quand il est question d'argent, la journée est finie).

 

L' autre famille, qui a été humiliée, se défendra en ces termes :

 

« Wir sindäu nit em Hund vom Waddel ghäit. »

(Nous aussi, nous ne sommes pas tombés de la queue du chien).

 

Il se peut que, lors de la signature du contrat de mariage chez le notaire, les esprits se soient trop échauffés. Une des parties aura l'impression, après quelques jours, de s'être fait « rouler » par l'autre famille et poussera à la rupture.

Enfin, il se peut aussi que lors de la période des fiançailles, qui peut durer plusieurs mois, le garçon constate après de nombreuses relations sexuelles que sa future femme est stérile. C'est une raison qui a poussé des garçons à rompre leurs fiançailles. Le problème est de savoir si la partie qui n'a pas voulu la rupture, et qui a subi

un préjudice matériel et moral parfois très important, recevra une indemnité de l'autre famille.

 

À partir du XIX' siècle, le droit français n'a vu dans les fiançailles que l'engagement de deux

personnes de se marier plus tard. Il considère que cette convention n'a aucune valeur juridique,

qu'elle ne peut en aucune manière aliéner la liberté du mariage, et que chacun des deux

contractants reste toujours libre de ne pas y donner suite. Cependant les tribunaux, comme ceux

du passé, se sont préoccupés de la question des dommages et intérêts réclamés par la famille

qui s'estimait lésée par la rupture. Quoique la jurisprudence soit divisée sur ce point, en général

les tribunaux reconnaissent que la famille qui n'a pas voulu la rupture peut, dans certains cas,

subir un préjudice matériel et moral.

 

Les relations sexuelles avant le mariage

 

Quand on regarde le passé, on constate d'abord que les Églises se sont opposées vigoureusement à cette idée des relations sexuelles avant le mariage. Ce qui montre, implicitement, que cette pratique devait être largement répandue dans la population. Ainsi en 1480, dans son rituel, l'évêque de Strasbourg se voit obligé de rappeler aux ecclésiastiques de son diocèse les recommandations suivantes : « Exhortez fréquemment vos subordonnés à ne contracter d'union clandestinement, mais publiquement. Exhortez ceux qui contractent le mariage à ne pas se mêler charnellement avant la célébration. »

 

Les protestants, de leur côté, ne sont pas en reste sur les catholiques. Selon eux, la vie commune (donc les relations sexuelles) ne peut commencer qu'après la consommation du mariage. Il n'est donc pas question qu'il y ait des relations sexuelles entre les fiançailles et le mariage. À Genève, on punissait même de prison les fiancés qui avaient habité ensemble comme mari et femme Mais, malgré les nombreuses sanctions des Églises, cette pratique s'est poursuivie à travers les siècles.

 

Nous avons eu la chance de mettre la main sur les archives paroissiales de Hunspach, Hoffen et Ingolsheim. Ces communes étaient et sont desservies par des pasteurs réformés. Elles ont la

réputation d'être calmes et habitées par des gens soucieux des bonnes moeurs et des traditions religieuses. Or, les pasteurs de ces trois villages avaient l'habitude de noter les mariages où la

femme était encein

te. Ils mettaient, soit les initiales S.H., soit les mots « Sine honore » (sans honneur), dans les

registres de casuels, en face de ces mariages. De 1927 à 1935, dans ces trois villages, il y a eu

85 mariages protestants dont 25 avec la mention S.H., soit 30 %. Au XIX' siècle, cette proportion

était comparable : 210 mariages, dans les mêmes villages, entre 1842 et 1861, dont 68 avec la

mention « Sine honore », soit 32 %. En d'autres termes, une femme sur trois est enceinte au moment du mariage.

 

Ces chiffres sont parlants. Malgré l'opposition des Églises protestante et catholique, un pourcentage appréciable d'Alsaciens avaient, à presque toutes les époques, des relations sexuelles avant le mariage. Dans certains cas, des garçons n'ont pris la décision de se marier avec une jeune fille que lorsque celle-ci était enceinte.

 

 

Entre fiançailles et mariage

 

Les cadeaux

 

Les cadeaux que chacun des deux promis fait à l'autre sont les signes de l'amour qui unit ces deux êtres. En plus des traditionnelles fleurs, confiseries et autres babioles, il arrivait que ces cadeaux fussent de véritables joyaux de l'art populaire d'une région.

 

Il y a un demi-siècle encore, le fiancé offrait à sa belle une pierre chauffe-lit (« Bettstein »). C'était une pierre ronde ou carrée, faite de glaise, qu'on pouvait commander chez le potier. Le fiancé demandait souvent à l'artisan d'y dessiner de jolis motifs évoquant l'amour: des coeurs et des étoiles à huit branches, qui sont le symbole d'une union heureuse. Parfois, en plus des ornements, il demandait qu'on y ajoutât une dédicace aimable.

 

Au début du XXe siècle, dans la région de Wissembourg, la fiancée offrait à son futur mari une boucle du col qui servait à fermer la chemise, et qui se voyait dans l'échancrure du gilet. Cette agrafe était portée dans toute l'Alsace. J.-J. Waltz, collectionneur de ces boucles, en possède une où l'on voit deux pigeons se béguetant sur une couronne. Sur une autre de ces boucles, l'ornementation est formée de trois éléments: deux cœurs réunis par une couronne. Au XIXe siècle, dans la région de Ban, la fiancée

offrait à son futur époux une paire de bretelles brodées. Parfois, elles avaient été brodées avec des perles.

 

Au début du XIXe siècle, quand existait encore la verrerie de Wildenstein, les fiancés de la vallée

de Saint-Amarin s'y rendaient pour s'offrir chacun un verre, après y avoir fait graver sur place les

initiales et le millésime. Il y a quelques décennies, à Gries, au Nouvel-An, le fiancé faisait cuire

chez le boulanger, tout spécialement, une grande bretzel qu'il allait offrir tout fièrement à sa future épouse.

 

La constitution du trousseau

 

Chacun des deux fiancés apportera donc dans l'union ce qu'il aura reçu de la maison familiale: des champs, du bétail, éventuellement aussi une habitation. Mais en plus de cela, il faudra aussi du mobilier et du linge. Une partie de ce linge et de ce mobilier pourra provenir des cadeaux que le jeune couple recevra le jour du mariage. Mais toute jeune fille qui se respectait commençait à constituer son trousseau après sa communion ou sa confirmation. Autrefois, dans l'Alsace Bossue, il était même coutume de ne marier sa fille que quand celle-ci avait son coffre à linge plein : « Du hirodsch nomme wenn di Truwe volt isch ! » (Tu ne te marieras pas avant que le coffre soit plein !).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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