Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

*

 

 

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Protection du nourrisson et de sa mère

 

Le monde extérieur est, a priori, hostile à la mère et à son enfant. Il faut donc éviter au maximum les contacts avec lui. Et si contacts il doit y avoir, ils seront entourés d'un certain nombre de rites destinés à les rendre inoffensifs. L'enfant est très vulnérable jusqu'au baptême. On ne doit donc jamais le sortir de la maison avant cette cérémonie. Pour se protéger des esprits malfaisants, certaines personnes laissent la lumière allumée dans la chambre du nouveau-né jusqu'au baptême (on laisse aussi brûler une lumière dans la chambre d'un mort).

 

Il y a cinquante ans, dans certaines familles de Hunspach, la grand-mère écrasait un oignon avec

son sabot dans la chambre de la femme en couches et dans la chambre du nouveau-né, si celle-ci

était distincte de celle de la mère. L'oignon était considéré comme un symbole de vie et comme un moyen très efficace pour éloigner les esprits. Ceux-ci redoutent toujours les plantes à odeur

fortement prononcée.

 

Les trois noeuds qu'on pouvait faire dans le « Wagelseil », cette cordelette qui reliait le berceau au

lit conjugal et qui permettait de le balancer, passaient pour une protection très efficace. Ils sont, en

effet, le symbole de la présence de la Très Sainte Trinité. On aime parfois aussi écrire sur la porte

de la chambre du nouveau-né ce petit poème à valeur magique: «Packet euch, ihr Höllengeister,

/ Hier habt ihr nichts zu schaffen ! / Das Kind gehört in Jesu Reich, / Lasset es ganz ruhig schlafen

! » (Éloignez-vous, esprits infernaux, vous n'avez rien à faire ici. Cet enfant appartient au royaume

de Jésus, laissez-le donc dormir en paix).

 

Les communications avec le monde extérieur sont aussi

peu importantes que possible. On essaye de les limiter au maximum. On éloigne de la maison tous les chats étrangers. On craint, en effet, que certaines sorcières, jalouses du bonheur de la ferme, n'essayent de se déguiser en chat pour aller ensorceler la mère et son enfant.

 

La famille et les bons amis avaient le droit de rendre une visite à la mère et à son enfant. Dans ce cas, il était et il est encore de coutume d'apporter des cadeaux. À la mère on offre surtout des denrées alimentaires comme la farine, le sucre, le café. À l'enfant on offre surtout des articles vestimentaires. Par ces cadeaux on veut

montrer qu'on est bien intentionné à l'égard de la mère et de son enfant.

 

En se penchant sur le berceau, on ne doit jamais prononcer des vœux trop importants. En

souhaitant trop de bonheur à l'enfant, on risque de rendre jalouses les puissances invisibles qui

feraient alors tout pour lui nuire. Celui qui, par mégarde, aurait formulé de trop grands voeux devait,

à haute voix, les retirer.

 

Souvent, au-dessus du berceau les visiteurs se contentaient d'affirmer que le bébé ressemble soit

à sa mère, soit à son père. On avait pour cela un certain nombre d'expressions qui servaient aussi

lors d'autres occasions: « Wie der Acker, so die Ruewe, Wie der Vadder, so die Buewe. » (Comme

le champ, ainsi les navets ; comme le père ainsi les garçons). « De Apfel fallt nit wid vom Bam. »

(La pomme ne tombe pas loin de l'arbre). Si l'enfant était laid, on consolait la mère par cette

expression : «À wieschdes Wiegelkind, a schenes Gassekind. » (Un enfant laid dans le berceau,

un bel enfant dans la rue). Si l'enfant pleurait souvent, on avait l'habitude de dire: «Schreikinder, Gedeikinder. » (Des enfants qui pleurent, des enfants qui poussent bien).

 

Le choix du prénom

 

Le choix du prénom passe pour très important. On pense que celui-ci influencera le caractère de l'enfant. On aime toujours tirer des parallèles entre les personnes ayant le même prénom. Pour

ce choix, les catholiques ont la tâche simplifiée. En effet le Concile de Trente (1545-1563) fait

obligation aux familles catholiques de prendre comme nom celui du saint du jour de la naissance

afin de mettre l'enfant sous la protection de celui-ci.

 

Mais souvent l'enfant reçoit deux ou trois prénoms. Souvent aussi on donne à l'enfant comme deuxième prénom celui du parrain ou de la marraine. On affectionne particulièrement les prénoms bibliques, surtout ceux de Jean, Joseph et Marie (Johannes, Sepp, Maria). On prend aussi comme deuxième prénom celui d'un aïeul qu'on veut honorer. Mais les prénoms sont, eux aussi, soumis à changement.

Déjà en 1850 le poète K.-E Hartmann se lamentait: « Ach, mit dene alte geht's halt langsam as » (malheureusement les anciens noms disparaissent lentement).

 

Les Alsaciens ont souvent affectionné d'ajouter un diminutif aux prénoms. Aussi nous obtenons pour les filles des prénoms comme Gretele (Grete), Karlinele (Caroline), Sälmel (Salomé), Bärwel (Barbara), Marickel (Marie), Martel (Marthe). Les prénoms d'Eulalie, Octavie, Mélanie et Léonie passaient, il y a cinquante ans, pour très modernes. De nos jours, on est revenu à des prénoms plus classiques. Pour les garçons on a des prénoms comme Fredel (Alfred), Fritzel (Fritz), Güschtel (Gustave), Mischel (Michel), Schang (Jean) et Dännel (Daniel).

 

Les légendes sur la mère qui meurt en couches

 

Dans les actes du procès de sorcellerie d'Ensisheim (1593), on nous parle déjà de la croyance populaire qui veut que la femme morte en couches revienne chaque nuit pour donner le sein au bébé. Ainsi on peut lire: « Si une femme meurt en couches et si elle laisse derrière elle un petit enfant vivant, il faut avant l'enterrement lui mettre une paire de souliers bien faits et bien cloutés car le chemin venant de l'éternité est très long et elle doit l'emprunter chaque nuit et ceci pendant quatre semaines afin d'allaiter l'enfant». Cet usage est encore connu dans la vallée de Munster.

 

Une légende d'Ingersheim veut qu'on oublia de mettre des souliers aux pieds d'une femme qui

mourut lors d'un accouchement. Dès la première nuit, celle-ci revint à son domicile et frappa à la

fenêtre en disant: « Pourquoi ne m'avez-vous pas mis des souliers ? Je dois en effet marcher sur

des chardons, sur des ronces et même sur des pierres pointues ! ». Son mari mit alors une paire

de souliers devant la porte et elle s'empressa de les prendre. Et ainsi, pendant six semaines, l'esprit revint pour allaiter son petit. À Lohr, on raconte : « Wenn a Kindbettere sterbt, kommt sie mit Strimp

und Schue in de Himmel. » (Quand une femme meurt en couches, elle va directement au ciel avec

ses souliers et ses bas). Par cette expression ont veut signifier que la femme en couches est

acceptée sans condition au ciel.

 

 

La cérémonie du baptême

 

Le parrain et la marraine

 

Si, de nos jours, devenir parrain ou marraine passe uniquement pour un honneur assez coûteux, autrefois les gens avaient plus conscience du caractère religieux et social de ces fonctions. On choisissait avec soin dans le cercle familial celui et celle qui devaient remplir ces rôles. Le parrain

et la marraine occupaient une place importante dans l'éducation du filleul ou de la filleule. De leur

côté, les Églises veillaient au sérieux de l'aspect religieux de la fonction de parrain et marraine.

Ainsi, en 1575, le nouveau règlement ecclésiastique de la Confession d'Augsbourg stipule expressément que sont exclues des fonctions de parrain et marraine toutes les personnes qui n'appartiennent pas à l'Église de la Confession d'Augsbourg, qui ne connaissent pas le catéchisme

et qui ne mènent pas une vie honorable.

 

Avant de demander à un membre de la famille s'il veut bien accepter de parrainer l'enfant, il faut aller chez le pasteur ou chez le prêtre pour soumettre ce choix à son approbation. Une fois l'autorisation pastorale donnée, il était difficile à celui ou à celle sur qui le choix avait porté de refuser cette fonction. Un refus passait pour un péché qui pouvait, dans certains cas, exclure l'intéressé du ciel. Si celui-ci persistait dans son refus, il pouvait se racheter en apportant un grand cadeau (« Kindbettgabe ») à la mère. Devenir parrain ou marraine était toujours très coûteux : « Pfetter sin isch a Ehr, es macht awer eim de Galdsack sehr wund. » (Être parrain est un honneur, mais cela vide la bourse).

 

Parfois, à cause du caractère onéreux de cette fonction, la famille s'adressait à des personnes extérieures au cercle familial, mais qui étaient assez riches. Des notables d'un village étaient

sollicités par des familles pauvres pour remplir ce rôle.

 

Dans les milieux catholiques, on limitait toujours la fonction de parrain et de marraine à un couple.

Chez les protestants, il y avait souvent deux couples. Autrefois, dans la région de Brumath, il y

avait même trois couples. Et dans la région de Hanau ce chiffre pouvait monter jusqu'à dix

couples. Dans ce cas, il était d'usage que les enfants de la famille eussent les mêmes parrains

et marraines.

 

Généralement, on préférait une personne mariée à une personne célibataire pour remplir le rôle de parrain ou de marraine. On évitait et on évite encore de prendre comme marraine une femme enceinte, de peur que l'enfant ne meure : « Wann eine schwangere Frau ein Kind über Tauf trägt, so muss das Kind bald sterben. » (Quand une femme enceinte porte un enfant au-dessus du baptistère, l'enfant devra bientôt mourir).

 

Les époux dont on avait pu constater qu'ils avaient eu des relations sexuelles avant le mariage, perdaient leur droit d'être parrain et marraine. À plus forte raison les filles-mères avaient-elles été exclues des fonctions de marraine.

 

La cérémonie

 

La période entre la naissance et le baptême était toujours très courte (15 jours au maximum).

Au XVII siècle, les parents qui baptisaient trop tardivement leurs enfants, devaient même verser

comme amende la somme de 10 schillings dans la caisse de l'Église.

 

C'était le dimanche suivant la naissance qu'avait généralement lieu le baptême, La cloche du

baptême appelait la famille à l'église. Tous les membres de la famille, à l'exception de la mère

qui, autrefois, devait rester à la maison jusqu'à la cérémonie des relevailles, étaient présents en

grande tenue. Les habits de travail avaient été troqués pour de magnifiques costumes. La

marraine devait aussi porter une coiffure spéciale. Elle avait un chignon sur le haut de la tête,

nommé « Wisch » à la base duquel on avait fixé une couronne tressée, nommée « Göttelkranz » (couronne de marraine). Cette couronne était faite d'un ruban de soie ou de velours noir sur lequel

on avait fixé des pierres multicolores, des piécettes d'argent et des têtes d'angelots. Il appartenait généralement à la sage-femme d'ouvrir la marche en portant l'enfant. Cette habitude s'est encore conservée dans quelques villages de l'Alsace. À Strasbourg, au XVII' siècle, c'était la première

marraine qui portait l'enfant à l'église.

 

On portait l'enfant sur un coussin appelé « Taufkissen » (coussin de baptême). L'enfant était généralement habillé d'une grande robe blanche, « Taufröcklein », à laquelle on avait fixé soit des rubans bleus, soit des rubans roses suivant le sexe de l'intéressé. L'habit du baptisé était toujours très long. Le cortège, en traversant le village pour se rendre à l'église, était soumis à un véritable tir d'artillerie. Explosions de pétards, coups de fusil, casseroles frappées, marquaient son passage. Cette coutume a une signification typiquement païenne ; en faisant beaucoup de bruit on arriverait à écarter les esprits malfaisants qui rôdaient dans la nature. Pour ces mêmes raisons, dans les

villages catholiques, on aspergeait l'enfant d'eau bénite avant de se rendre à l'église.

 

La cérémonie religieuse avait souvent lieu à la fin du culte ou de la messe dominicale. Dans

beaucoup de livres paroissiaux on signale que, lors de la cérémonie, le père devait se tenir à

l'arrière, dans les bancs. En 1800, le professeur Blessig salue comme un progrès le fait que le

père peut dorénavant s'approcher de l'autel avec les parrains et les marraines.

 

Autrefois, le prêtre soufflait sur l'enfant pour éloigner les mauvais esprits. En lui mettant du sel

sur la langue il voulait signifier que les enfants de Dieu doivent se garder des tentations de ce

monde. Le signe de croix et l'onction avec de l'huile rappelaient que la croix du Christ a vaincu

le diable et les puissances de ce monde. En mettant un peu de salive dans les oreilles du bébé,

on voulait montrer que celles-ci doivent rester ouvertes à l'enseignement du Christ. Dans les

églises protestantes on prononçait aussi quelques paroles destinées à éloigner les puissances infernales : « Man ni muss dem Teufel absagen. » (Il faut éloigner le diable).

 

Un certain nombre de superstitions entourent la cérémonie proprement dite. Ainsi, autrefois,

évitait-on de baptiser deux enfants avec la même eau. On craignait que le deuxième enfant ne

mourût après la cérémonie. L'explication est axée sur la notion purificatrice de l'eau baptismale.

Celle-ci, en lavant les péchés du premier enfant (péché originel), les transmettra au deuxième

enfant qui, au lieu d'être purifié, sera chargé, et de ses péchés, et de ceux du premier.

 

Si l'enfant pleure pendant la cérémonie, certaines personnes pensent que soit le parrain, soit la

marraine a accepté la fonction à contrecœur. Dans ce cas, ce signe est un mauvais présage

pour l'avenir de l'enfant. D'autres personnes, au contraire, croient que les cris de l'enfant

annoncent une santé robuste et que l'absence de manifestation bruyante est signe d'une mort

prochaine de l'intéressé.

 

On essaye de tenir l'enfant aussi haut que possible au-dessus de la cuve baptismale pour qu'il

grandisse bien. Déjà Fischart recommandait cette pratique afin que l'enfant ait une bonne

croissance. Si la marraine est bien habillée, on pense que l'enfant sera lui aussi toujours bien

habillé.

 

À Strasbourg, au XVIIe siècle, après la bénédiction du pasteur, les deux parrains félicitaient la

marraine et posaient sur l'enfant leurs médailles ou présents baptismaux, qui consistaient en

des pièces d'or ou d'argent.

 

À la fin de la cérémonie religieuse, la famille se réunit dans la sacristie pour signer les registres baptismaux. De nos jours, le pasteur reçoit alors généralement une ou plusieurs boîtes de dragées et une enveloppe contenant un don. Autrefois, on offrait aussi des vivres. Le sacristain et l'organiste ne sont pas oubliés. À la sortie de l'église, les enfants du village piaffent d'impatience. En effet, ils attendent que le parrain et la marraine apparaissent pour leur jeter les traditionnels « Zuckerbohnen » ou « Zuckererbsen » qui sont des bonbons principalement faits de mousse de sucre. La venue du parrain et de la marraine sur le parvis de l'église est saluée par des grands cris «Do

kommt d'ZuckerPat un d'Zucker Cedel », ou «Do kommt d'Bohnepfätter un d'Bohnegädel » (Le

parrain et la marraine-bonbons arrivent).

 

Et alors commence une joyeuse mêlée, chaque enfant voulant ramasser le maximum de

bonbons tombés à terre. Autrefois, dans les familles riches, on jetait aussi quelques pièces de

monnaie.

 

 

Une coutume protestante presque disparue : le berceau de baptême

 

Il y a quelques siècles, dans certaines paroisses protestantes de l'Alsace, on se rendait

au baptême en portant l'enfant couché dans un petit berceau portatif. À l'église on

déposait le berceau sur un tréteau. Le berceau et le tréteau étaient la propriété, soit

de la communauté religieuse, soit de la sage-femme L'enfant était baptisé dans ce

berceau. D'après A. Pfleger, cette coutume ne peut se rattacher ni aux traditions

françaises ni aux traditions allemandes, et encore moins aux traditions helvétiques. Elle

serait typiquement d'origine alsacienne.

 

Les festivités civiles

 

Le cortège se rendant à la maison faisait et fait encore immanquablement une halte au restaurant. Là, le parrain paye la tournée à l'ensemble de la famille. On lève son verre à la santé du baptisé auquel on souhaite, entre autres, de pouvoir aussi un jour goûter au fruit de la vigne. Le vin faisant son effet, c'est une assemblée fort joyeuse et fort bruyante qui se rend à la maison où l'attend un grand festin.

 

L'habitude des festins pour ces occasions n'est pas récente. Déjà, au Moyen Âge, les fêtes de baptême pouvaient durer deux ou trois jours. L'Église a toujours cherché à limiter ces excès de table. Au XIII' siècle, par la voix du prédicateur Berthold de Regensburg, elle critiquait le fait de «baptiser» les enfants dans du vin, dans de la bière et dans du lait. Au XVe siècle c'est au tour de l'humaniste Jacob Wimpheling, de Sélestat, de critiquer les paysans alsaciens qui font montre d'un très grand luxe lors du baptême. Selon lui, on pourrait acheter avec l'argent dépensé au moins une

maison, un champ et quelques coteaux.

 

De nos jours, l'usage du festin après la cérémonie religieuse n'est pas perdu. Dans les familles

moins aisées il est encore parfois coutume que le parrain ou les parrains supportent une partie

des charges du festin. Leur apport peut être soit financier, soit matériel par la fourniture de

denrées alimentaires.

 

Le pasteur est souvent encore invité au repas de baptême. Le curé, quant à lui, doit

théoriquement s'abstenir de ces repas comme le lui en font interdiction le Synode de Strasbourg

(1687) et le rituel de 1742.

 

Mais la personne la plus fêtée et la plus respectée est la sage-femme. Elle a droit à la place

d'honneur et son verre de vin est plus grand que celui des autres convives. Il porte même un

nom spécial, « das Hewammglas » (le verre de la sage-femme). Mais le baptême d'un enfant

donne aussi lieu à la distribution de cadeaux.

 

La monnaie de baptême

 

S'il est coutume lors d'un baptême que le parrain et la marraine offrent des dragées à tous les membres présents de la famille, ils n'oublient pas pour autant le nouveau baptisé, en l'honneur de qui toutes ces festivités ont lieu. On le comblera même, vu qu'il est totalement démuni de tout bien matériel en venant au monde. Par-là, on tient à assurer à l'enfant une sécurité matérielle, usage qui ne date pas d'aujourd'hui.

De nos jours, on lui offre des vêtements, une timbale gravée à son nom ou un couvert portant ses initiales. En offrant à l'enfant de l'argenterie on tient, d'une part, à marquer ce baptême par un souvenir durable et, d'autre part, à pourvoir

le nouveau baptisé en biens matériels personnels. Ces deux préoccupations se trouvent déjà

dans cette coutume fort ancienne qu'est la monnaie de baptême.

 

Dès le XIIIe siècle, il était d'usage à Strasbourg de remettre une telle monnaie au nouveau-né

juste après son baptême. Il faut parler de médaille de baptême quand la pièce offerte avait été spécialement frappée pour l'occasion, tandis qu'il faut utiliser le terme de monnaie de baptême

quand la pièce offerte gardait sa valeur d'échange. Cependant, cela ne signifie pas que l'enfant,

une fois grand, allait remettre la monnaie de baptême dans les circuits d'échange. En effet, il

gardait toute sa vie cette pièce comme gage et symbole de sa prospérité. Dans les familles riches

où on en avait les moyens, on devait faire frapper spécialement une médaille, dans les familles

moins fortunées on devait se contenter d'une monnaie.

 

Absente des rites liturgiques, la médaille de baptême réapparaîtra un siècle plus tard, entre autres,

dans les coutumes strasbourgeoises, Mais la signification de la coutume aura changé. En offrant

cette pièce, le parrain et la marraine tiennent d'une part, à marquer ce baptême par un souvenir

durable et, d'autre part, à pourvoir le nouveau baptisé en biens matériels personnels, vu qu'il est totalement démuni.

 

Ces cadeaux de baptême restaient la propriété personnelle du baptisé; ils n'entraient ni dans la communauté des biens en cas de mariage, ni dans la masse successorale en cas de décès.

Cela explique, peut-être, la volonté des autorités de diminuer l'importance de ces cadeaux et d'en

véri­fier la valeur en diffusant des pièces officielles pour cet usage.

 

Les souvenirs de baptême

 

On retrouve dans tous les souhaits de baptême le désir que l'enfant soit élevé dans un esprit chré­tien, qu'il évite le chemin du péché et reste fidèle à la foi et à l'espérance chrétiennes pour trouver ainsi le vrai bonheur et la félicité éternelle. On donna à ces souvenirs de baptême le nom de « Göttelbrief » (lettre de la marraine). Ce nom peut prêter à une certaine équivoque. En effet, il ne s'agit pas seulement des souhaits formulés par la marraine, mais aussi de ceux du parrain.

 

On peut assez facilement distinguer l'origine protestante ou catholique du « Göttelbrief». Souvent, le texte spécifie la confession du baptisé : «Baptisé dans l'église réformée de Hunspach... » Sinon, certains ornements dessinés sur le souvenir permet­tent de trancher en faveur de la confession du baptisé.

On peut classer les lettres de baptême en cinq grandes catégories qui correspondent, à peu de

chose près, à une évolution chronologique.

 

Les «Göttelbriefe» manuscrits, sans aucun décor, très frustes, sans aucune volonté artistique, sont les plus anciens.
Viennent ensuite ceux qui sont calligraphiés et ornés d'un décor simple.


Il y a ensuite ceux qui sont calligraphiés et ornés d'un décor peint à l'aquarelle. Ils sont assez fréquents.
Ceux qui sont imprimés (milieu du XVIII' siècle) sont les plus fréquents, mais aussi les moins inté­ressants.


Les souhaits de baptême du XXe siècle sont souvent découpés en feston avec bord dentelé.

 

Lentement, après la guerre de 1870 l'usage des « Goettelbriefe » s'est éteint. En même temps que déclinait la coutume des lettres de baptême, celle des souvenirs de confirmation augmentait. Il y a

eu cependant quelques tentatives de ressusciter l'usage des lettres de baptême entre les deux

guerres mondiales.

 

À l'heure actuelle il existe certaines régions de l'Alsace où il est difficile de retrouver des lettres

de baptême. Ceci s'explique par le fait que dans ces régions on avait l'habitude de mettre le ou

les « Göttelbriefe » dans le cercueil du défunt. Enfin, les anciens habitants de Petersbach (près

de Drulingen) se souviennent que le vieux menuisier, qui faisait aussi fonction de croque-mort,

mettait encore les lettres de baptême dans les cercueils.

 

Le baptême d'urgence

 

Comme son nom l'indique, il est pratiqué en cas d'absolue nécessité, soit lors d'un accouchement difficile, soit lors d'une maladie grave du nouveau-né. L'empressement de la famille à faire baptiser

un enfant qui risque de mourir s'explique par la croyance religieuse qui veut que seuls les

baptisés peuvent avoir accès au ciel (cf. Jean III / verset 5). On faisait de préférence appel aux

ecclésiastiques pour ces baptêmes.

Mais, en cas de force majeure tout laïc pouvait administrer ce sacrement. Ainsi la sage-femme

remplit souvent ce rôle. Ceci explique le contrôle rigoureux qu'ont exer­cé les Églises sur la

nomination de ces femmes. Tout enfant baptisé d'urgence devait être présenté, dès que possible,

à la communauté chrétienne lors d'un office religieux. Mais cette pratique de la « Nottaufe »

donna lieu à des abus. Certaines familles, par paresse et pour éviter une cérémonie officielle

trop coûteuse, firent baptiser leur enfant à domicile par la sage-femme.

 

Les Églises réagirent vigoureusement. La sage-femme ou le laïc qui avait officié devaient

répondre en leur âme et conscience aux questions que le pasteur posait devant l'ensemble de la

communauté. L'enfant a-t-il vraiment été assez faible pour que cela nécessite un baptême

d'urgence? Quelle prière l' officiant a-t-il prononcée lors du baptême ? Avec quoi a-t-on fait le

baptême ? Quelles ont été les paroles rituelles prononcées lors de cette cérémonie? S'ils

n'arrivaient pas à répondre d'une manière satisfaisante à l'ensemble de ces questions, le

baptême d'urgence était frappé de nullité. Dans le cas contraire, le pasteur terminait alors par

une prière dans laquelle il recommandait le petit enfant à la protection divine, rappelait les

devoirs de parents chrétiens envers leurs enfants de contrôler ces cérémonies.

 

Le baptême des enfants morts

 

Parfois, l'ecclésiastique appelé d'urgence pour le baptême d'un enfant mourant arrivait trop tard.

L'enfant était donc mort sans avoir reçu le sacrement du baptême. Dans certains cas, l'enfant

était déjà mort quand il venait au monde. La préoccupation d'une mère était de savoir ce qu'il

advenait de l'âme de son cher petit. Dans l'Église catholique une opinion très courante, se fondant

sur Jean III / verset 5, voulait que ces enfants non baptisés fussent exclus du salut. Mais comme

ces enfants n'avaient pas commis de péchés personnels et que seul le péché originel les accablait,

on pensait qu'ils allaient vivre dans une sorte de pré-enfer à l'état d'esprits sauvages. Souvent,

on croit que l'âme d'un tel enfant se transforme en « Kobold », esprit taquin et méchant envers

les humains. Mais une croyance plus rassurante veut que les âmes de ces enfants deviennent

des anges qui vivraient dans un « Kinderhimmel » (ciel pour enfants).

 

Dans les textes de la Confession d'Augsbourg, il est affirmé que le péché originel place sous la condamnation de Dieu l'âme de celui qui n'a pas été baptisé et qui n'a pas eu une nouvelle

naissance dans le Saint-Esprit. Il nous est difficile aujourd'hui d'imaginer la peur et l'angoisse

que ces opinions provoquaient dans le coeur de ces malheureuses mères.

 

C'est à l'usage de ces femmes tourmentées que Luther écrivit en 1542 le petit ouvrage : « Trost

für fromme gottselige Fraven, denen es unrichtig in Kindesnöten ergangen. » (Consolation pour

les femmes croyantes qui ont été frappées par le malheur lors d'un accouchement). Dans cet

ouvrage le réformateur pense qu'il ne faut pas affoler par des paroles hautaines ces mères

éprouvées. Dieu n'ayant pas lié sa Parole aux sacrements, il lui est fort possible d'accorder la

grâce à un enfant non baptisé. Ainsi voit-on apparaître, à côté de la loi assez brutale, une position

plus humaine. C'est sur ce texte que se fondera la position libérale du protestantisme du XIXe

siècle, qui pense qu'on ne peut imputer à un enfant non baptisé le péché originel d'Adam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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