Association pour la préservation et la conservation

du patrimoine culturel

et traditionnel

d' Erstein

 

 

 

 

 

Notre devise :

Conserver le passé,

dans le présent,

pour pouvoir le transmettre

au futur

 

 

 

 

 

 

Le premier site a été créé le

1er novembre 2012

par son webmestre

et propriétaire

Jean Louis Eschbach

sous la dénomination

Vieil-Erstein.fr

 

Il a été clos le

1 / 7 / 2018

avec 600 000 clics

à son actif.

 

Ce nouveaux site a été ouvert le

1er Janvier 2018

Il appartient désormais à l'association et est mis en oeuvre par :

 

Bernard DESCHLER

et

Jean Louis ESCHBACH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien site Vieil-Erstein.fr

600 000  clics

 

+

clics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMUNIQUES

 

 

*

 

 

 les 3èmes mardi

de chaque mois

 

 

Réunion

 du   comité

 

à 20h en la

salle Conrath

de la Maison

des Œuvres

 

 

-ooOoo-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Vieil Erstein

ùn rund um's Kanton

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Les légendes sur l'origine des enfants

 

Jamais les enfants ne se lasseront de poser des questions sur leur origine et tous les parents connaissent l'embarras quand il s'agit de répondre de façon précise.

En Alsace, on raconte souvent à sa progéniture qu'elle provient d'un puits, d'un étang, d'un arbre,

d'une roche. Ces légendes remontent à des temps fort anciens où régnaient des conceptions

animistes voulant que les âmes, avant de naître, séjournent dans la terre ou dans des éléments

naturels (arbre, roche, etc.).

 

Certains puits portent le nom de «Marienbrunnen» (puits de Marie). L'explication d'un tel nom est

très simple. La mère de Dieu a en effet supplanté l'ancienne déesse Holda ou Berchta ou Dame

Holle qui, dans le panthéon germanique, était chargée de la protection des âmes non encore

incarnées.

 

Une autre croyance très proche des puits à enfants est celle des rochers à enfants. Nous sommes,

là aussi, en présence de vestiges de croyances animistes. C'est surtout dans les régions

montagneuses qu'on trouve de telles roches aux noms très variés, mais ayant la plupart du temps

un rapport direct avec les bébés.

 

Les enfants aiment aussi souvent poser la question : « mais qui nous a apportés à la maison ? »

À quoi, autrefois, les parents répondaient en affirmant que c'était la sage-femme (« die Hewamm »

ou « die Hebamme ») qui les avait pêchés avec un crochet dans le puits à enfants. Il y a cinquante

ans on faisait souvent croire aux petits enfants que les bébés à naître se trouvaient dans la petite

valise que la sage-femme portait sous le bras en se rendant au domicile d'une parturiente.

 

Le thème de la « cigogne porteuse de bébés », d'origine badoise, ne s'est vraiment développé en Alsace que vers les années 1870-71, date à laquelle l'Alsace fut annexée à l'Allemagne. Dans les légendes badoises la cigogne apparaît comme l'oiseau de la déesse Holda, princesse des

Holden, qui s'est confondue avec l'ancienne déesse Freija. Notre déesse garderait dans les puits les âmes des défunts tombés du ciel avec l'eau de pluie. Son rôle consisterait à renvoyer dans le monde des vivants ces âmes en les réincarnant dans les corps d'enfants. La cigogne, émissaire

de la déesse, serait chargée d'apporter des bébés aux parents qui en auraient exprimé le désir.

 

Quand la femme enceinte est sur le point d'accoucher et que les enfants demandent pourquoi elle est alitée, on leur répond souvent que la cigogne a mordu dans la jambe de la mère. « De Storik hät de Marne ins Bein gebisse, / und jetzt muess sie ins Bett läje. » (La cigogne a mordu dans la jambe de la mère,

c'est pourquoi elle doit être alitée).

 

Les enfants, dans leur grande générosité, désirent souvent que le nombre de leurs frères et

soeurs augmente ; pour cela ils assaillent leurs parents de questions du genre : « Que faire pour

avoir un petit frère ou une petite soeur? ». À quoi ceux de Goerlingen et Ettendorf répondent qu'il

faut jeter un sucre dans le puits à enfants. Au Neuhof, on raconte qu'un sucre imbibé de quelques gouttes de café et déposé devant la fenêtre, donnera un enfant à la peau brune....

 

 

La naissance

 

Quelques préparatifs

 

« Es Stindel bringt's Kindel. » (L'heure apportera l'enfant). « Wenn a Apfel reif isch, dann fallt er vain Baum. » (Quand une pomme est mûre, elle tombe de l'arbre).

Par ces affirmations les Alsaciens expriment leur confiance dans la Nature qui fait les choses à l'heure nécessaire. On ne peut ni retarder ni accélérer ces lois immuables. Mais une fois que l'heure décisive se sera rapprochée, il faudra entreprendre certains préparatifs.

Avant tout, il faut exécuter certaines transformations à l'intérieur de la maison et surtout dans la chambre de la future parturiente. Ces coutumes peuvent être rangées en deux catégories distinctes : d'une part les rites et coutumes de dénouement, d'autre part, les rites ou coutumes de fermeture.

 

Dans la première catégorie il faut ranger les pratiques consistant à dénouer dans toute la maison les cordons de tablier, les lacets de chaussures, les boucles de jarretières, etc. On doit veiller à ce que les serrures des portes intérieures soient ouvertes. Et même parfois on recommande aux femmes qui rendent visite à la future mère, d'ouvrir tous les noeuds de leurs vêtements. Le symbolisme est assez clair: nouer c'est rendre enceinte, dénouer c'est délivrer (cf. l'allemand: entbinden).

 

À ces premiers rites sont opposés les rites de fermeture. En effet, tandis que les premiers relèvent de la magie sympathique l'ouverture préfigurant l'expulsion du nouveau-né les seconds sont des rites de protection. La naissance est un moment très dangereux, dont le diable, les sorcières, les esprits malfaisants, le « peuple des eaux » essayent de profiter pour nuire, ou même ravir les âmes de la mère et du nouveau-né. Il convient donc de leur barrer la route.

 

Le fer étant un objet d'horreur pour tous les esprits malfaisants, on plante un couteau dans la porte d'entrée, ou encore, on dépose sur ou dans le lit de la future parturiente des couteaux croisés ou d'autres instruments tranchants. Brûler de l'encens, écraser un oignon ou une gousse d'ail passent aussi pour des moyens de protection contre les esprits malfaisants, Les chats étaient autrefois éloignés de la maison. Dans les milieux catholiques on suspendait dans la chambre de la future parturiente des feuilles de prières et des images de saints. Dans la vallée de Munster, autrefois, il arrivait qu'on recouvrît, comme au moment de la mort, les miroirs d'un linge.

 

Si les rites de dénouement ont presque disparu de nos campagnes alsaciennes, en revanche les rites de fermeture sont encore très connus et parfois utilisés.

 

Un usage disparu : la chaise d'accouchement

 

Au catalogue des coutumes disparues il convient d'ajouter la chaise obstétricale ou chaise d'accouchement. Cette chaise, qui était utilisée par les peuples de l'Antiquité, a été introduite en premier par les médecins arabes. Elle se présente à nous comme un solide fauteuil en bois dont une partie du fond a été enlevée. La parturiente s'asseyait dans la chaise et la sage-femme s'agenouillait devant ou derrière le fauteuil pour procéder aux manœuvres obstétricales. Ce n'est qu'une fois l'accouchement terminé qu'on mettait la mère au lit.

 

Les enfants et leurs particularités

 

La place de l'enfant dans sa propre famille, ses particularités physiques,

ainsi que les accidents lors de la naissance, sont soigneusement notés par les familles. De telles constatations apparaissent comme une tentative de «tisser une toile » autour

de la naissance afin qu'aucun détail ne puisse s'en échapper sans avoir été pourvu d'une

signification.

 

L'exemple le plus frappant est le bonheur et la puissance magique qu'on attribue au septième

enfant, surtout si celui-ci est un garçon et que ses six prédécesseurs sont uniquement des garçons. Quand l'Alsace était sous domination allemande (1870-1918), l'empereur Guillaume II (né en 1859),

qui avait sept enfants dont six garçons et une fille (née en 1892), devenait le parrain du septième

enfant de toute famille alsacienne. Dans certains villages on connaît encore des personnes qui ont

eu l'empereur pour parrain.

 

 

Entre la naissance et le baptême

 

Le temps entre la naissance et le baptême est une période très dangereuse. La mère et l'enfant

sont très affaiblis et sont alors des proies faciles pour les puissances infernales. Les enfants sont particulièrement exposés aux démons qui peuvent provoquer des maladies. Il faut donc multiplier

les rites et les pratiques qui isoleront la mère et son enfant du monde extérieur qui, a priori, est

hostile. On réduit au maximum le temps s'écoulant jusqu'au baptême (entre trois et dix jours).

Celui-ci est considéré non seulement comme une cérémonie agrégeant l'enfant au corps des

croyants, mais encore comme un rite de protection contre les puissances démoniaques. De la

mère alitée on dit : « Si esch inder de Vorhang gkomme. » (Elle a été mise derrière le rideau). On

affirme bien par là qu'elle est et doit être séparée du reste de la communauté humaine. On dit

aussi parfois : « Sie esch à -s Stroh gfalle. » (Elle est tombée dans la paille). On fait allusion par-là,

peut-être, à une ancienne coutume qui aurait consisté à mettre de la paille à la place du matelas.

 

Une autre expression désignant la mère alitée : « Im Salz sitze » (être assis dans le sel) fait allusion expressément à un rite pratiqué récemment encore par la mère, juste après l'accouchement.

Celle-ci recevait dans la main un peu de sel. Elle léchait une partie de ce sel et rejetait le reste

derrière elle, en ayant soin de le faire passer par-dessus la tête. Il faut voir dans cette coutume

une manière de se garder des mauvais esprits.

 

En Alsace Bossue, certaines personnes pensent encore que, lors de cette période ou du moins lors

de la même année, un membre de la famille mourra. Une personne vient au monde, une autre

doit partir. Faut-il voir dans ces croyances des vestiges d'anciennes doctrines celtiques ? Chez les Celtes, les druides professaient une doctrine de l'immortalité de l'âme. À côté du monde des

vivants existerait un monde improprement appelé monde des morts. C'est un monde de vie

constituant un réservoir d'âmes disponibles. Un capital constant et roulant d'âmes est distribué

entre les deux mondes appariés et les échanges entre les deux se font vie pour vie, âme pour âme.

 

Le berceau

 

La préparation du berceau qui devait recevoir le nouveau-né était particulièrement minutieuse. Autrefois, surtout dans les milieux catholiques, on accrochait au berceau des feuilles de prières qu'on avait achetées à des colporteurs. Parfois, on mettait ces feuilles au fond du berceau, sur ou sous le matelas. Les feuilles de prières les plus répandues étaient : « Das goldene Vaterunser (le Notre-Père en or), « Das goldene Ave-Maria » (l'Ave-Maria en or), «Die sieben heilige Himmelsriegel » (les sept verrous saints).

 

On accrochait et on accroche encore des médaillons au berceau. Les médaillons les plus répandus étaient ceux d'Einsiedeln (Suisse), Notre-Dame des Hermites (XVIIe et XVIIIe siècles), de Lourdes (XIXee siècle) et celle de Catherine Labouré (XIXee et XX siècles). Parfois, ces médaillons sont à l'effigie du saint du jour de la naissance. Les chapelets consacrés, les couronnes de la Fête-Dieu,

les rosaires appartenaient aussi à l'ensemble des objets protecteurs qu'on fixait au berceau.

 

Certains dessins et certaines sculptures qu'on peut encore trouver sur les vieux berceaux alsaciens,

si de nos jours ils n'ont plus qu'une valeur décorative témoignant du génie artistique d'une province, devaient autrefois avoir une valeur quasi magique. Ils étaient destinés à éloigner les mauvaises puissances et à attirer le bonheur sur l'enfant.

 

En général une naissance gémellaire est considérée comme un bon présage. Elle est le signe de la grâce de Dieu qui a béni le couple en lui accordant deux enfants. Cependant on pense que le premier des deux jumeaux aura plus de chance dans la vie. Quand il s'agit d'une naissance gémellaire de sexe féminin, on pense que la deuxième fille restera stérile toute sa vie. Enfin, on pense que les jumeaux mourront dans la même année.

 

Une des particularités qui a fortement préoccupé les Alsaciens, est la veine bleue apparente qui peut se trouver sur le front ou la tempe de certains enfants. On pense que ces enfants ne vivront pas longtemps. Cette croyance ne semble pas uniquement appartenir au domaine de la superstition. En effet,

d'après certains médecins, la veine bleue apparente sur le front ou sur la tempe peut être le signe

d'une stase veineuse. Les enfants atteints de ces troubles avaient effectivement autrefois une vie

très courte.

 

L'enfant qui porte un naevus sur le corps est, lui aussi, considéré comme marqué par le mauvais

sort. Les croyances populaires attribuent des causes multiples aux naevi, Fréquemment on pense

que la mère, lors de la grossesse, a éprouvé une frayeur en voyant un rat ou une souris, et qu'elle

a mis en même temps ses mains sur une partie du corps. Le naevus apparaîtra sur la même partie

du corps de l'enfant. On peut éviter ce « Mauseflecke » ou « Muttermal » en récitant, juste après

une frayeur, soit un Notre-Père, soit une confession de foi. Une envie non satisfaite lors de la

grossesse donnera, elle aussi, un naevus sur le corps de l'enfant.

 

Un enfant venant au monde avec une ou plusieurs dents passe pour un enfant marqué par le

mauvais sort. L'enfant venant au monde avec une partie de la membrane amniotique collée sur

la tête, passe pour un chanceux.

En Alsace, on dit « in der Glückshaube gebore » ou « in der Westerhaube gebore » (né dans la

coiffe du bonheur ou né dans la coiffe baptismale). On voit dans cette peau une puissance de

vie qui protégera l'enfant de toute agression au cours de son existence. En Alsace on dit parfois

d'un enfant coiffé : « Des gibt a mal a gueder Advokat. » (Il deviendra un jour un bon avocat).

 

Dans la région de Wissembourg, certaines personnes pensent qu'un enfant hydrocéphale est

une punition divine frappant la mère qui n'avait pas désiré cet enfant. À Butten, quand un enfant

vient au monde avec une inflammation des ganglions de la poitrine, on dit : « Die Hexe sin am

Kind » (les sorcières sont après l'enfant). Un tel enfant est lui aussi marqué par le mauvais sort.

 

Enfin, des superstitions très anciennes entourent les enfants à cheveux roux. En raison de la rareté du phénomène, on a souvent considéré ces enfants comme des êtres singuliers, voire étranges. On dira d'un tel enfant: « es isch a Roder » (c'est un rouge), cette particularité étant suffisante pour expliquer tous les méfaits à venir que pourrait commettre cet enfant. D'un garçon on dira: « a roder Spitzbue » ou « a roder Keip » (un filou roux), ou encore «kleine roter Ficker » (petit polisson rouge) ou « roter Cifitz » (garnement roux), d'une fille « rodi Hex » (sorcière rouge). Les railleries populaires poursuivront toute leur vie les être affectés de cette particularité. On pense que les personnes aux cheveux roux ont commerce avec les puissances infernales et donc qu'elles sont toujours en quête de mauvais coups.

 

L'arbre commémoratif

 

Une ancienne coutume consiste à faire planter un arbre par le père ou le grand-père lors de la venue

au monde de l'enfant. Cet arbre sera un jour la propriété personnelle de l'enfant. Si cette coutume

s'est longtemps conservée en Alsace Bossue, elle n'a pas néanmoins disparu complètement des

autres régions de l'Alsace. Nous en avons trouvé des traces dans les régions de Brumath,

Hochfelden, Marmoutier, Mulhouse, Munster, Schirmeck, Sélestat, Strasbourg et Wissembourg.

En général on plante un arbre fruitier, bien que le sapin, le chêne et le marronnier aient leurs

partisans. À Strasbourg, il y a quelques décennies, dans certaines familles, on plantait un sorbier.

 

Certains ont voulu voir dans cette coutume une action utilitaire destinée à garantir l'avenir de l'enfant. Cette idée utilitaire est à écarter, vu qu'avec un seul arbre il est difficile d'assurer l'avenir matériel d'un enfant. Il faut plutôt voir dans cet acte l'ancienne croyance qu'il existe des liaisons mystérieuses entre l'enfant et l'arbre. Il y aurait un parallélisme entre la croissance de l'arbre et celle de l'enfant « Wi de Bam wachst, so wachst au's Kind. » (Ainsi grandit l'arbre, ainsi grandit l'enfant). S'attaquer à un tel arbre, vouloir l'arracher, est encore aujourd'hui très mal vu. On pense que la mort de l'arbre signifie, à plus ou moins brève échéance, la mort de son propriétaire.

 

L'accouchement

 

Avant l'accouchement, dans certaines régions, les femmes enceintes pratiquaient une sorte de « gymnastique prénatale » dont l'usage n'est pas récent. Ainsi, la femme qui était dans le huitième

mois on recommandait de monter et de descendre l'escalier plusieurs fois par jour. La femme

enceinte devait rester active même quelques heures avant l'accouchement. Sans aucun doute,

ces exercices étaient destinés à faciliter l'accouchement, attendu avec beaucoup de crainte.

 

L'accouchement représentait pour une femme le moment crucial de la vie où la mort pouvait survenir à tout instant. Il est donc normal que cet acte ait été entouré de nombreuses pratiques religieuses et magiques destinées à favoriser la venue au monde d'un nouvel être. Les superstitions les plus invraisemblables faisaient sûrement bon ménage avec la piété la plus profonde et

la plus sincère.

 

Pour ce qui est des pratiques proprement religieuses, nous trouvons au XVIème siècle de nombreuses prières pour parturientes dans les livres de piété et les recueils de cantiques protestants. Du côté catholique, on préfère se tourner vers les saints et les

saintes pour invoquer une aide lors de l'accouchement. Même si dans ces cas on trouve plus

normal de s'adresser à des saintes femmes, les saints n'ont pas pour autant été négligés. Ainsi,

au XVIIe siècle, on invoque surtout saint Ignace. Vers les années 1670, les gens lui préfèrent saint François Borgia. Parmi les saintes qu'on invoquait lors de telles occasions se trouvaient autrefois

surtout sainte Anne et sainte Odile, la patronne de l'Alsace. De nos jours, il semble que ce soit saint Gérard de Majella (fête le 16 octobre) et saint Alphonse de Liguori (fête le 2 août) qui se partagent

les faveurs des femmes en couches.

 

Les médailles, les images bénites ou même dans certains cas les reliques de quelque saint particulièrement secourable, objets distribués par les religieux franciscains, capucins et jésuites, n'étaient pas négligées par les parturientes. Il était et il est parfois encore coutume, dans les

maisons catholiques, de mettre des cierges bénits dans la chambre de la future mère.

 

Les Églises s'intéressaient grandement à la formation des sages-femmes, car celles-ci, à côté de

leur rôle médical, avaient encore un rôle religieux à remplir. Elles devaient prier et chanter avec la parturiente. De plus, si le foetus courait un danger mortel, elles devaient pouvoir lui administrer le baptême d'urgence (« Nottaufe »). On comprend donc tout l'intérêt qu'ont porté les Églises à

l'éducation religieuse des matrones.

 

On comprend le soulagement que devait éprouver une sage-femme quand enfin la parturiente était délivrée. Aux yeux des Alsaciens le sort de celle-ci est plus important que celui du bébé. Ainsi en témoigne cette expression connue de toutes les sages-femmes : « Ze ercht de Stamm, dann de

Ascht. » (D'abord le tronc, ensuite la branche).

 

Que la vie et la mort soient très proches l'une de l'autre lors d'un accouchement est exprimé dans ce dicton, encore connu de nos jours : « Jede Kindbettere hät e Fues im Grab. » (Chaque parturiente a un pied dans la tombe). Un autre dicton était très connu autrefois en Alsace : « Bi e guede Hewamm gibt es ken Krippel im Dorf » (S'il y a une bonne sage-femme dans le village, il n'y a pas d'estropié).

Il a deux sens :

Le premier, le plus évident, signifie que la sage-femme possédait bien l'art de sa profession, et que de ce fait elle n'occasionnait aucune blessure au bébé au moment de l'accouchement.
Le deuxième sens sous-entend que la sage-femme éliminait, d'une manière active ou passive, les bébés qui venaient au monde avec des tares (hydrocéphales, estropiés, mongolien, etc.). Ces enfants étaient considérés comme des accidents de la Nature. N'ayant pas les moyens de vivre, ou pensait qu'ils n'aspiraient qu'à une chose: repartir vers le monde d'où ils étaient venus. On ne croyait pas commettre de péché en aidant ces bébés «à refaire le voyage dans l'autre sens ». « D'Hewamm bât dene Kinder hiniver gholfe. » (La sage-femme a aidé ces enfants à partir pour l'au-delà.) Cette pratique s'est éteinte au moment où les accouchements à domicile ont cessé.

 

Soins et pratiques après l'accouchement

 

Pour qu'une délivrance soit totale, il faut encore couper le cordon ombilical qui relie l'enfant à la mère. Celui-ci a souvent joué un grand rôle dans les superstitions populaires. Les légendes affirment que les cordons ombilicaux font partie des ingrédients dont se servent les sorcières pour fabriquer leurs philtres magiques.

 

Souvent, autrefois, les mères gardaient ces cordons pour en faire des talismans protégeant leur progéniture. À Strasbourg, les mères superstitieuses conservaient une partie du cordon ombilical dans le « Geldlaedel » où l'on mettait aussi la monnaie du baptême. À la fin du XIXe siècle, la sage-femme de Strasbourg-Neudorf mettait de côté le cordon ombilical. Elle le rendait à la mère après l'avoir séché et après y avoir mis de nombreux nœuds. L'enfant, une fois qu'il avait atteint les quatre ou cinq ans, devait défaire les noeud. Si l'opération réussissait, elle signifiait que le garçon aurait un bon métier. Quant aux filles, elles devaient avoir un bon avenir comme couturière ou comme modiste. L'insuccès signifiait que l'avenir professionnel de l'enfant était gravement compromis.

 

Enfin la sage-femme lavait le bébé. Une fois lavé et emmailloté, on mettait dans la bouche de bébé certaines denrées destinées à le protéger et à le fortifier. La sage-femme qui exerça à Munster avant la Révolution, mettait quelques gouttes de vin dans la bouche du nouveau-né. Dans un passé proche, il était de coutume, à Hoerdt, de mettre deux grains de sel, symbole de l'éternité et de la sagesse de Dieu, ou quelques gouttes de vin dans la bouche du nouveau-né.

 

Les premiers soins ayant été administrés au nouveau-né, la sage-femme s'occupait du placenta (en allemand : «Nachgeburt »). Déjà Geiler de Kaysersberg nous parle, en 1517, des différents us concernant le placenta: « Quand nous venons au monde nous apportons tous une veste rouge — la seconde peau —, que l'homme doit ensuite enterrer sous l'escalier. » (Traduction)

 

Ce placenta, il fallait l'enterrer à un endroit où ne parviennent ni les rayons du soleil, ni le clair de lune, loin du chat ou du chien, sinon on peut s'attendre à quelque malheur. Surtout, il faut veiller à ce que le placenta soit enterré dans la cave ou dans la zone de protection de la maison, afin que les mauvais esprits ne puissent l'attaquer et par la suite nuire à la mère. Les pratiques de destruction du placenta peuvent être divisées en quatre grandes catégories : soit brûler, soit enterrer, soit jeter dans l'eau, soit suspendre le placenta dans un arbre.

 

Les jours fastes et néfastes pour la naissance

 

L'heure et le jour de la naissance jouent un grand rôle pour l'avenir du bébé. Ainsi, naître à minuit (heure privilégiée des puissances infernales) est un présage défavorable, tandis qu'un enfant naissant à l'aube sera heureux dans la vie. Un enfant venant au monde dans les heures de la matinée ou vers midi aura toujours faim. Le jour de la naissance est encore plus significatif. Les Alsaciens, comme d'ailleurs tous les peuples chrétiens, font grand cas des enfants nés le dimanche, jour de la résurrection du Sauveur. En Alsace on dit : «À Sonntag's Kind, a Glickskind ».

(Un enfant du dimanche, un enfant chanceux). À Ottwiller on attribue même un don de double vue

à ces enfants. « Sie sän die Sonn sogar wän sie hindr de Wolke isch. » (Ils voient le soleil même

quand il est derrière les nuages).

 

Symétrique et inverse du dimanche, le jour le plus défavorable sera le vendredi, jour de la mort du Seigneur Jésus-Christ. Il va sans dire que naître un vendredi 13 est radicalement défavorable.

Mais ce jour étant de mauvais présage, il peut aussi signifier des dons exceptionnels obtenus grâce

au commerce avec les puissances infernales.

 

 

Soins apportés à la mère

 

Diète et repos absolu sont les deux caractéristiques des soins apportés à la mère. Tout d'abord, la

sage-femme liait ensemble les jambes de la femme qui venait d'accoucher afin d'éviter trop de mouvements qui provoqueraient, pensait-on, des saignements. Ensuite, on mettait une pile de draps

sur le ventre de la mère, en pensant par-là faire rentrer les organes. Quant au repos absolu, il

devait au moins durer neuf jours.

On craignait que si la femme en couches transgressait cet interdit, la mort la frappe. On connaît en Alsace cette expression : « Die Himmel blid nin Da fier a Kindbettere of » (Pour une femme en

couches le ciel reste ouvert neuf jours).

 

Les neuf premiers jours sont donc particulièrement redoutés pour la vie de la mère. Cependant, la femme ne devait pas encore se lever après neuf jours; ce n'est que très progressivement qu'elle prenait de nouveau part à la vie familiale.

 

Ce n'est qu'après les relevailles, qui avaient généralement lieu quatre ou six semaines après l'accouchement, que la femme était à nouveau totalement intégrée dans la société. En plus, lors des deux ou trois premiers jours après l'accouchement, la femme ne devait rien manger. On lui servait uniquement un bouillon de poule ou une vague soupe faite uniquement de pain, d'eau et de crème fraîche (« Rahmsup »).

 

L'allaitement

 

Si de nos jours une femme ne peut allaiter son bébé, on ne considère pas cela comme très grave.

Au contraire, autrefois, une telle femme était mal vue et faisait les frais de certaines moqueries

des autres villageoises. Une femme qui se respectait se devait de pouvoir allaiter son enfant aussi fréquemment que possible, et ceci pendant plusieurs mois, voire jusqu'à un an. La «médecine

populaire » connaît donc un certain nombre de produits destinés à favoriser les sécrétions lactées.

Très souvent la bière passe pour un de ces produits : « Me soll fiel Bier trincke um fiel Melich zu bekomme. » (On doit boire beaucoup de bière pour avoir beaucoup de lait).

 

Certaines femmes de la vallée de Munster absorbent à cet effet un mélange de fenouil et raifort additionné de miel. Dans de nombreux villages, on utilise des compresses chaudes. Parfois, le persil passe pour favoriser la formation du lait. On l'utilise soit sous forme de tisane, soit sous forme de cataplasme. On recommande aussi aux femmes de ne pas manger de mets épicés ou trop acides pour éviter de « gâter» le lait. La choucroute, les fruits, les salades étaient bannis du menu d'une femme qui donnait le sein à son enfant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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